Jean-Marc Gauthier

 

Monologues

 

 

 

 

Serions-nous les derniers chrétiens?

(Université du Québec à Trois-Rivières, le 1er mai 1996)

 

 

Bonjour! Ça Va ? - Moi je le sais pas....non vraiment, je ne sais pas si ça va, je ne sais pas si je suis à la bonne place...

 

... honnêtement...

 

Chanson :

 

Je ne sais pas ce que je fais ici ce matin 
Regardez ailleurs comme il fait beau.... loin... loin
J'aurais le goût de rebrousser chemin  
Et de me retrouver sur mon bateau... loin... loin

 

Suis-je un E.T. chez les terriens

Un Jacques Cartier loin de Saint-Malo

Un clown au milieu des chrétiens

Ou un distant chez les cathos?

 

Suis-je un E.T. qui vient de loin

Un réfugié sur son radeau?

Je ne sais pas ce qui s'en vient

Je sais seulement que je m'appelle Bozo

 

Eh! oui Bozo pour vous servir.... pour vous parler, paraît-il, de foi et de culture...

C'est là que j'ai un problème. Je veux bien vous parler de Foi et Culture... je veux tellement que j'avais même pensé les amener avec moi et vous les présenter.

Il faut dire que Foi et Culture, je les connais depuis longtemps... ce sont des amis d'enfance. On a grandi ensemble dans le même quartier, un quartier où tout le monde se connaissait. J'étais présent à leur mariage, j'ai vécu de près leur séparation. (Ici vous dites la Culture mais je sais pas pourquoi parce que Culture c'est un gars, un vrai, un peu macho même).

Quoi qu'il en soit, j'avais réussi, il y a quelques semaines, à les rapprocher... au moins pour un temps. Je leur avais dit : si vous vous rapprochez, je vous amène à Trois Rivières et je vais vous présenter à des gens qui, semble-t-il, sont bien touchés par votre séparation et qui rêvent de vous voir ensemble, ne fut-ce que quelques jours...

Eh bien, ce qui devait arriver... arriva. On a pris l'autobus ensemble à Montréal en direction de Trois-Rivières. On voulait prendre le train mais on nous a dit qu'il n'y en avait plus Dans les premiers kilomètres, tout allait bien. Je me suis même surpris à rêver à une réconciliation possible entre Foi et Culture. Mais à un moment donné, ils se sont mis à ressasser leurs vieilles chicanes, le ton a monté ; c'était des engueulades à plus finir. Il y avait des gens autour, j'étais gêné. J'en pouvais plus, j'ai changé de place. je suis allé m'asseoir en avant. Le voyage a continué comme ça jusqu'à Trois- Rivières.

Quand l'autobus est arrêté, j'ai débarqué en hâte, fatigué de les entendre. Eux ont continué à se disputer ; ils étaient tellement pris dans leurs disputes, qu'ils sont repartis. Ils ont oublié de débarquer. Demandez-moi pas où est-ce qu'ils sont rendus.

De toute façon, c'est peut-être mieux ainsi. Ils m'auraient fait honte.

Toujours est-il que me voici pour vous parler de Foi et Culture... mais sans Foi et sans Culture.

J'ai tout à coup un sentiment de vide : Être sans Foi et sans Culture....vous savez... c'est terrible, surtout pour quelqu'un comme moi qui a grandi avec eux.

C'est pourquoi....

 

Je ne sais pas ce que je fais ici ce matin 
Regardez ailleurs comme il fait beau.... loin... loin
J'aurais le goût de rebrousser chemin  
Et de me retrouver sur mon bateau... loin... loin

 

Suis-je un E.T. chez les terriens

Un Jacques Cartier loin de Saint-Malo

Un clown au milieu des chrétiens

Ou un distant chez les cathos?

 

Suis-je un E.T. qui vient de loin

Un réfugié sur son radeau?

Je ne sais pas ce qui s'en vient

Je me contenterai d'être Bozo

 

En fait je suis content d'être Bozo et d'être avec vous aujourd'hui même si je me sens un peu tout seul et tout nu pour vous parler de Foi et Culture... sans Foi et sans Culture. Mais je vais vous en parler quand même.

Comme je vous disais, ça fait longtemps que je connais Foi et Culture. Ils vivaient tout près de chez nous, dans un coin où tout le monde se connaissait. Foi et Culture venaient de deux familles très proches.... ils étaient voisins. Ils ont quasiment été élevés comme des jumeaux, tellement ils étaient proches. Un jour, avec le temps ils sont tombés en amour.... et ils ont fini par se marier. Un beau mariage à l'église. Mais quand même un drôle de mariage. Oh! ils avaient bien le droit de se marier. Mais ils étaient tellement proches depuis leur enfance, quasiment comme frère et soeur, que certaines langues sales (il y en a toujours) ont commencé à placoter et à parler de liaison incestueuse.

Il faut dire que c'était un amour... comment on dit ça aujourd'hui en psychologie...ah oui... fusionnel...un amour FUSIONNEL. Ça ça veut dire que tu ne sais plus qui est qui. Tout est dans tout et réciproquement.

Mais ça été quand même un mariage fructueux... Les p'tits sont venus rapidement et en grand nombre. Pas question d'empêcher la famille quand on a ce type de Foi et ce type de Culture, je devrais dire quand on est ce type de Foi et ce type de Culture. Et comme ils s'étaient mariés dans un comté qui s'appelait CHRÉTIENTÉ et dans un village dénommé CATHOLIQUE... eh bien tous leurs enfants ont eu des surnoms. Je les connais pas tous, mais c'étaient des enfants bien typés, de vraies institutions.

Il y en a une qui s'est appelée : ÉCOLE CATHOLIQUE. Un autre, à la santé fragile, s'est appelé HOPITAL CATHOLIQUE. Un autre qui revendiquait tout le temps parce qu'il trouvait que c'était pas juste s'est appelé SYNDICAT CATHOLIQUE. Et bien entendu, il y avait PAROISSE CATHOLIQUE... Plein d'autres comme ça dont je me rappelle pas les prénoms mais ils avaient tous comme surnoms : Chrétiens /catholiques.

Tout allait bien, c'était une famille unie. En tout cas ça allait assez bien ; oh! il y avait bien des petits problèmes ici et là - faut pas idéaliser le passé - mais au moins quand ils se chicanaient, c'était entre chrétiens... catholiques. On lavait son linge sale en famille. Ça a duré comme ça pendant des années.

Mais alors est arrivé quelqu'un dans le village, on la connaissait pas ; elle avait des airs de nouveauté, de fraîcheur, de changement. On savait pas comment elle s'appelait. Je pense qu'elle n'était même pas baptisée (vous savez comment ce que c'est). Dans le quartier, on a fini par l'appeler Révolution tranquille. Ailleurs, d'autres l'appelaient MODERNITÉ. Aussitôt Culture l'a trouvée bien de son goût et il a commencé à s'attacher à elle. Tranquillement, en même temps, sans trop s'en rendre compte, il s'est détaché de Foi qu'on appelait aussi assez souvent Religion.

Foi (alias Religion) a commencé à prendre ses distances. On ne la voyait presque plus en public avec Culture. Elle menait une vie cachée, un peu recroquevillée sur elle-même.

Là des gens ont commencé à raconter des histoires à leur sujet : on disait qu'ils allaient se séparer, qu'ils allaient peut-être divorcer. Et tranquillement, comme pour donner raison à ces prophètes de malheur, la séparation est devenue effective.

Cela a beaucoup affecté les enfants au début. Ils ne savaient pas de quel côté se brancher. Ils étaient déchirés. Mais la plupart étaient solides et s'en sont assez bien tirés. Hôpital est allé vivre avec Culture, Syndicat aussi. Il a même décidé de changer de nom. Il s'est fait appeler CSN ; de toute façon, il trouvait ça sonnait mieux, que ca faisait plus cool avec ses amis. Paroisse, elle, est restée chez sa mère. C'est peut-être celle qui a été le plus affectée par cette séparation. Elle ne savait pas trop comment se situer dans ce nouvel environnement familial. Surtout que beaucoup de ses amis qui venaient encore lui rendre visite semblaient plus proches de son père que de sa mère. Et elle ne savait pas quoi faire dans ce temps-là (je vous en reparlerai). Quant à École, qui en avait toujours menée large dans la famille, elle a décidé de jouer sur les deux tableaux, de se promener de l'un à l'autre. Elle a gardé son surnom, pour faire plaisir à sa mère surtout mais elle est restée près de son père et sa nouvelle blonde Modernité.

Foi et Culture ont donc pris leurs distances. Ils se voyaient bien de temps en temps mais ils n'habitaient plus ensemble. Certains ont même laissé courir la rumeur qu'ils avaient officiellement divorcé. Mais en réalité, les procédures de divorce n'ont jamais été véritablement entreprises, en tout cas on n'est pas allé jusqu'au bout.

Je me rappelle d'avoir entendu Foi et Culture dire d'un commun accord, pour une fois : - Notre séparation semble faire l'affaire de tellement de gens. Il y en a qui n'attendent que ça pour faire de l'argent sur notre dos qu'on leur donnera pas ce plaisir. (J'imagine que ça devait être des avocats du diable).

Alors ils ont pris leurs distances, se sont séparés presqu'à l'amiable même s'ils ont gardé au fond du coeur quelques petits ressentiments (comme le montre le voyage de Montréal aux Trois-Rivières).

Tantôt, je vous disais que les enfants avaient trouvé ça difficile mais avaient plutôt bien réagi, pour la plupart. Mais au fond ils ont été touchés profondément. Et sans l'avouer bien souvent, certains ont continué à rêver que Foi et Culture reviennent ensemble, comme avant.

 

Comme avant

 

Comme avant

Avant qu'arrive la Tranquille

Comme avant

Quand on était bien en famille

Comme avant

Que Foi et Culture se défilent

Comme avant, comme avant

 

Comme avant

Avant que vienne modernité

Comme avant

Quand on était en chrétienté

Comme avant

Quand Dieu régnait sur la cité

Comme avant, comme avant

 

Mais il fallait bien se rendre compte que plus jamais ça ne serait comme avant. Des choses avaient changé profondément. CULTURE avait évolué de son côté. Et avec Modernité (alias Révolution tranquille) il avait reconstitué une nouvelle famille (entre autres avec certains des enfants de Foi et Culture, comme vous savez).

Foi(religion) quant à elle, s'était de plus en plus refermée sur elle-même. On ne la voyait presque plus. C'est à croire qu'elle avait perdu confiance en elle-même. Comme si Foi avait perdu sa foi. Un jour, dans le Journal, on a même annoncé que son Père était mort. Un gros titre en première page du Journal de Montréal : Dieu est mort. On disait qu'il s'était noyé, que le tourbillon l'avait emporté. Certains même, des méchantes langues, disaient que c'était Modernité qui l'avait assassiné avec la complicité de Culture. Mais ce n'était que des Qu'en dira-t-on. En fait, on n'a jamais retrouvé son corps. Mais bien des gens ont commencé à prendre son décès pour acquis.

Mais moi je sais qu'il n'est pas mort. Il faut que je vous conte ça. Je l'ai vu l'autre fois. Je me promenais comme ça sur une rue. Et là il y avait quelqu'un qui traînait (c'est le mot) qui traînait sur un banc public. Il avait l'air passablement déprimé, comme un itinérant qui se cherche désespérément une place au soleil... ou à l'ombre...ça dépend. Je me suis approché, et comme je m'approchais...je me suis dit : - mais il me semble que je le connais celui-là. En tout cas il ressemblait à quelqu'un dont on m'avait tellement parlé quand j'étais plus jeune. Il ressemblait au Grand Partout dont on nous parlait dans le P'tit Catéchisme. Si je me trompe pas c'était à la question 12 : Où est Dieu? Dieu est partout. Il était le Grand Partout, il était Tout partout. Il était dans les familles, dans les écoles, dans les hôpitaux, dans tous les milieux de travail, à l'assemblée nationale (mon Dieu qui devait s'ennuyer parfois) il était ailleurs... nomme-le... partout. Je sais pas mais depuis la séparation de Foi et Culture, il avait été comme gêné. Il s'était fait plus discret, comme pour respecter les nouvelles ententes ou mésententes du couple. Il avait habité avec eux tellement longtemps que leur séparation l'avait un peu embêté. Un bonne fois, il était allé prendre une marche... et on ne l'avait pas revu. Est-ce qu'on l'avait chassé, est-ce lui qui était parti par discrétion, pour laisser la tempête s'apaiser? On savait pas.

C'est devant lui que je me retrouvais par hasard en me promenant dans la rue. Le Grand Partout avait l'air d'un P'tit nulle part. À un moment donné, je me suis approché tellement près de lui que j'avais l'impression d'entendre la réflexion que Dieu-le Grand Partout devenu le P'tit nulle part - se faisait sur sa condition divine. Il se disait : - AH! Avant c'était le bon temps, quand j'étais le Grand Partout, tout le monde me connaissait, tout le monde me reconnaissait ; oh! il y avait bien quelques petits inconvénients. J'étais obligé de faire toutes les processions, c'était un peu ennuyant ; mais au moins j'étais reconnu: maintenant, on ne me reconnait presque plus. Si au moins, si au moins j'étais quelque part. Je ne demande plus d'être partout, je suis capable de m'adapter au monde moderne. Je veux juste être quelque part.

 

Chanson :

 

La complainte du Grand Partout

 

Ah! Si j'étais quelque part

Au moins je saurais qui je suis

Ah! Si j'étais quelque part

Au moins je saurais que je suis

 

Je suis celui qui suis

Ça on me l'a déjà dit

Je suis celui qui suis

Mais je ne sais plus où j'en suis

Ah! Si j'étais quelque part

 

Suis-je dans le visage De celle qui s'en va
Suis-je dans les partagesAvec ceux qu'on ne voit pas
Suis-je dans les bagages Des voyageurs sans toit?
Je suis... mais on ne le sait pas  

 

Suis-je dans les combatsDe ceux que l'on affame
Suis-je dans les grabatsDe celles que l'on diffame
Suis-je dans les ébats De l'homme et de la femme?
Je suis ... mais on ne le croit pas  

 

Suis-je dans les églisesOù l'on m'enferme à clés
Suis-je dans les sottisesQue l'on m'a fait nommer
Suis-je dans les bêtises Des humains fatigués?
Je suis... à peine et étouffé 

 

Suis-je dans les souffrancesQue des enfants subissent
Suis-je dans les violencesQu'on fait au nom du Christ
Suis-je dans les silences Qui masquent l'injustice?
Je suis et puis non je ne suis pas 

 

Non je ne suis pas là

Non je ne suis pas

Non je ne suis pas là

Non je ne suis pas partout

Mais je suis quelque part

 

Me v'là revenu quelque part

Au moins je saurai qui je suis

Me v'là revenu quelque part

Au moins je saurai que je suis

Je suis celui qui suis

Ça je leur avais déjà dit

Je suis celui qui suis

Mais ils n'avaient pas compris

Me v'là revenu quelque part

 

Ah! dit Dieu... quand je regarde ce qu'on a fait de moi, comment on m'a utilisé à toutes les sauces ... et je me suis laissé faire. Des fois, si je m'écoutais, dit Dieu, je deviendrais athée, juste pour me donner le temps de respirer. Mais c'est plus fort que moi... c'est un don, j'imagine, je suis profondément croyant. De toute façon, même si je devenais a-thée, je ne serais pas in-humain ; c'est plus fort que moi, je crois aux êtres humains, plus qu'ils ne croient en eux-mêmes, et souvent malgré eux, il faut bien l'avouer. Ce don je l'ai fait à ma fille Foi ; elle est ce don. Mais depuis qu'elle s'est séparée de Culture - un drôle de genre et un drôle de gendre celui-là - c'est comme si elle ne savait plus quoi faire avec son don. Je ne souhaiterais qu'ils reviennent comme avant. C'était trop ; je n'ai plus le goût d'être le Grand Partout. C'était trop. Et quel travail ennuyant parfois, d'être présent partout, à toutes les bénédictions, les ouvertures de magasin, de caisse populaire Non c'était trop. Mais s'ils pouvaient se rapprocher... un peu. J'aimerais sentir que je suis quelque part. C'est peut-être égoïste de ma part... mais entre Partout et Nulle part, il me semble qu'il y a de la place, un petite place pour Dieu non!

C'était la réflexion que Dieu se faisait quand je l'avais surpris en flagrant délit de méditer sur sa condition divine. Après cela, je me suis tenu à l'écart et je l'ai surveillé. Il m'a semblé reprendre de l'énergie. Certains ont raconté qu'il s'était fait ami avec une des soeurs de Modernité qu'on appelait Post-Modernité. D'autres disaient que Culture flirtait de ce côté-là aussi. Mais allez -y voir. On raconte tellement de choses de nos jours.

Je vous disais tantôt que parmi les enfants de Foi et Culture, Paroisse était une de celles qui en avait arraché le plus, si je puis dire. Bizarrement Paroisse s'est fait de plus en plus appeler Communauté chrétienne quand ses parents se sont séparés. Comme si elle voulait marquer plus fortement son appartenance à sa mère.

Je dis que Paroisse en a arraché. C'est beaucoup dire et c'est trop peu dire. Ça dépend des jours et des lieux. Mais il faut honnêtement dire qu'elle a eu ... disons... une baisse de régime. Il y avait de moins en moins de monde qui la fréquentait en certains endroits et ça se manifestait surtout le dimanche matin. Ça tombait mal.

Un jour, par hasard, j'ai rencontré un de ses admirateurs, qui avait été président de son fan club pendant près de 20 ans. On l'appelait Curé. Quand je l'ai rencontré, il avait la mine basse. Beaucoup de membres du fan club s'étaient désistés ces derniers temps. Et il se rappelait de la belle époque, quand Foi et Culture étaient ensemble...très unis et que les cartes de membres du fan club de Paroisse se renouvelaient à un rythme fou. Y avait du monde, y avait du monde.

Mais quand Modernité était entrée dans la vie de Culture et que Foi s'était renfermée sur elle-même, les membres du fan club de paroisse avaient déserté petit à petit. À certains endroits, les 4/5 étaient partis, à d'autres les 9/10... Dans certains milieux, Paroisse était devenue comme un P'tit reste, (pas comme les vidanges de Popa dans la P'tite vie) mais quand même comme un P'tit reste. Ah! bien sûr, Culture envoyait de temps ses nouveaux rejetons (ceux qu'il avait engendrés avec Modernité) il les envoyait visiter leur demi-soeur Paroisse. Ils en profitaient alors, selon le cas, pour faire un p'tit baptême, une 'ptite communion, un p'tite confirmation ou p'tit mariage... mais après ça, ils pouvaient être des années sans revenir. Oui on était des années sans les revoir.

Paroisse en souffrait beaucoup. Elle aimait bien ses demi-frères et demi-soeurs, mais comme elle les voyait si peu souvent, elle les avait surnommé DISTANTS. Mais ce qui la fatiguait plus la chère Paroisse, c'est que parfois, ses demi-frères et soeurs, les Distants (comme elle les appelait) arrivaient en gang et elle ne savait plus trop comment les recevoir. Quand les distants se faisaient trop proches, elle paniquait. de toute façon, se disait-elle, tout ce qui les intéresse, c'est le party de baptême, de communion et de mariage. Moi je ne les intéresse pas. Elle en avait gros sur le coeur, la Paroisse.

CURÉ, lui, regardait tout cela, avec une certaine nostalgie, une certaine tristesse et une certaine inquiétude. C'est bien beau, disait-il, les visites occasionnelles des demi-frères et soeurs de Paroisse, mais si les membres du fan club continuent à baisser à ce rythme-là, on s'en va vers la faillite. Moi-même, comment vais-je pouvoir continuer. De toute façon, il est clair ceux de ma gang diminuent rapidement en nombre.

Si ça continue, il n'y aura plus personne, on se trouvera tout seul et tout nu pendant que les cloches sonnent:

 

Chanson:

 

Si ça continue

 

Si ça continue

Y aura plus personne

On se trouvera tout nu

Pendant que les cloches sonnent

 

Si ça continue

Y aura plus personne

Pas même de tout nus

Pour que les cloches sonnent

 

Sommes-nous les derniers chrétiens

À habiter ce temps, ce lieu

Sommes-nous les derniers humains

À croire encore au don de Dieu?

 

Sommes-nous les derniers chrétiens

De la terre

Sommes-nous les derniers chrétiens

Sur ce coin de terre?

 

Ref: Si ça continue...

 

Sommes-nous les derniers chrétiens

À nous rassembler dans ce lieu

Sommes-nous les derniers humains

À célébrer les voies de Dieu?

 

Sommes-nous les derniers chrétiens

De la terre

Sommes-nous les derniers chrétiens

Sur ce coin de terre

 

Ref: Si ça continue...

 

Si ça continue, y aura plus personne, me disait Curé, en rêvant au bon vieux temps quand à tout moment, pour tout événement, il fallait bien que les cloches sonnent.

 

Chanson:

 

Les trois cloches

 

Musique

 

(Paroles adaptées)

Sonne, sonne cloche sonne

Avant ça y avait plein de monde

Maintenant y a plus personne (ou presque)

Pour faire tourner la ronde

 

On s'ennuie donc d'autrefois

Quand les églises étaient pleines

Quand les gens avaient la foi

Et qu'ils faisaient leur carême

 

Musique

 

Là des gens se sont joints à Curé; y avait Agente de pastorale et d'autres qui étaient restés fidèles au fan club de Paroisse. Et là ils se sont mis à raconter comment c'était beau dans le temps, quand Culture et Foi étaient encore ensemble. Ah c'était le bon temps, disait-on... à ce qu'il paraît...

 

Chanson :

 

Avant ça

 

Avant tout était beau

Paraît, paraît

Avant, tout était gros

Paraît, paraît

Avant tout était beau

Paraît, paraît

La nostalgie n'est plus ce qu'elle était (bis)

 

Avant tout marchait droit

Quand on prenait le chemin

On respectait les lois

Et tout allait très bien

 

Avant on voyait Dieu

En tout temps, en tout lieu

Avant quelqu'un parlait

Et les autres écoutaient

 

Ref:

Avant tout était beau

Paraît, paraît

Avant tout était gros

Paraît, paraît

Avant tout était beau

Paraît, parait

La nostalgie n'est plus ce qu'elle était (Bis)

 

Dans le bon vieux temps ça se passait de même

Ça se passait de même dans le bon vieux temps

 

Avant tout allait bien

Les églises étaient pleines

On était bon chrétien

Les gens faisaient carême

 

Avant tout était gros

Les gens payaient leur dîme

On avait nos bingos

Ce n'était pas de la frime

 

Ref:

Avant tout était beau

...

 

Dans le bon vieux temps ça se passait de même

Ça se passait de même dans le bon vieux temps

 

Là Curé m'a fait venir à part, comme pour me dire un secret. Tu sais Bozo, je suis pas naïf. On raconte tout ça. Il m'arrive comme ça de rêver au bon vieux temps... quand je me sens nostalgique. Mais je ne suis pas naïf, je sais bien que ça reviendra jamais comme avant. Même si Foi et Culture revenaient ensemble, ça ne serait plus comme avant. On est dans un contexte nouveau, inédit. Je ne suis pas naïf, je le sais bien. Et entre nous, c'est peut-être mieux comme ça. La nostalgie, c'est surtout pour agrémenter nos soirées :

 

Dans le bon vieux temps, ça se passait de même

Ça se passait de même dans le bon vieux temps

 

Et alors il m'a dit quelque chose d'étonnant, cet homme religieux, cet homme de foi, président depuis près de 20 ans du fan club de Paroisse, parfois nostalgique; il m'a dit :

 

Chanson:

 

En avant

 

L'avenir est en avant

Ne cherchons pas chez les morts

Celui qui est vivant

 

Je croyais entendre l'ange du matin de Pâques

 

Chanson:

 

Ne cherchons pas chez les morts

Celui qui est vivant

On ne trouvera le port

Qu'en regardant en avant

 

Là Curé m'a fait venir à part, comme pour me dire un secret. Tu sais Bozo, je suis pas naïf. On raconte tout ça. Il m'arrive comme ça de rêver au bon vieux temps... quand je me sens nostalgique. Mais je ne suis pas naïf, je sais bien que ça reviendra jamais comme avant. Même si Foi et Culture revenaient ensemble, ça ne serait plus comme avant. On est dans un contexte nouveau, inédit. Je ne suis pas naïf, je le sais bien. Et entre nous, c'est peut-être mieux comme ça. La nostalgie, c'est surtout pour agrémenter nos soirées :

 

Dans le bon vieux temps, ça se passait de même

Ça se passait de même dans le bon vieux temps

 

Et alors il m'a dit quelque chose d'étonnant, cet homme religieux, cet homme de foi, président depuis près de 20 ans du fan club de Paroisse, parfois nostalgique; il m'a dit :

 

Chanson:

 

En avant

 

L'avenir est en avant

Ne cherchons pas chez les morts

Celui qui est vivant

 

Je croyais entendre l'ange du matin de Pâques

 

Chanson:

 

Ne cherchons pas chez les morts

Celui qui est vivant

On ne trouvera le port

Qu'en regardant en avant

 

Mais une question demeure : serions-nous les derniers chrétiens? Ma rencontre avec Curé et les fans de Paroisse m'avait fait du bien. Dans leur fraîcheur nostalgique, ils m'avaient permis de prendre du recul par rapport à cette question et les propos de Curé m'avaient fait réfléchir. Ne cherchons pas en arrière ce qui en avant.

 

Sommes-nous les derniers chrétiens? Grave question quand même et qui mérite d'être prise au sérieux. Car si on répond oui, j'imagine que c'est sérieux. En même temps...en même temps... j'ose dire que cette question relève... peut-être du complexe de Nöé, ou du complexe du déluge... Après moi le déluge. On pense toujours un peu qu'on va être les derniers. On y rêve un peu au fond, c'est valorisant d'être les derniers. Mais tout à coup l'Histoire ne ferait que commencer. On est peut-être dans le mois des morts, mais on n'est pas les derniers, malgré ce qu'on en dit, malgré le complexe de Nöé.

 

Chanson:

 

Le complexe de Nöé

 

  1. Après moi le déluge

    On est les derniers

    Faut trouver refuge

    Comme le Père Nöé

    Qui craint du grabuge

    Pour l'humanité

     

  2. Arrête donc de te prendre

    Pour le Père Nöé

    Son Arche est à vendre

    Comme antiquité

    Tu confonds novembre

    Et le mois de mai

     

  3. Laisse-là les romances

    Des fous fatigués

    Qui annoncent l'absence

    De l'humanité

    Car l'histoire ensemence

    Son éternité

     

  4. La mort n'est pas tendre

    Pour les gens vannés

    Qui ne veulent pas comprendre

    Qu'ils sont à peine nés

    Tout est à reprendre

    Et à continuer

     

  5. Après moi le déluge

    Sommes-nous les derniers?

    Faut-il un refuge

    Comme au Père Nöé

    S'il y du grabuge

    Dans la chrétienté?

     

  6. Arrêtons de nous prendre

    Pour le Père Nöé

    Son arche est à vendre

    Comme antiquité

    Ce n'est pas novembre

    C'est le premier mai

 

Ce n'est pas novembre, le mois des morts, ce n'est pas le temps de l'après-moisson ou de l'après-vendange, c'est encore ou à peine le temps des semences, c'est le 1er mai, fête des travailleurs. relevons-nous les manches. Serons-nous les derniers chrétiens? Mais s'il est vrai, comme disait un certain Tertullien, qu'on n'est pas chrétien mais qu'on le devient, la question n'est pas de se demander si on sera les derniers mais si on osera être parmi les premiers... comme les premiers.

 

Comme le laisse entendre l'Évangile : Les premiers seront les derniers et les derniers seront les premiers. Tout à coup nous aurions à apprendre à être parmi les premiers chrétiens.

 

Ne cherchons pas chez les morts

Celui qui est vivant

On ne trouvera le port

Qu'en regardant en avant

 

D'ailleurs tout n'est pas fini, loin de là. Et qui sait peut-être que Culture et Foi vont faire un bout de chemin pour se rapprocher. Qui sait, à certains niveaux, ils sont restés très près l'un de l'autre... mais ils ne savent plus les choses de façon nouvelle...comme l'a fait Modernité. mais malgré tout peut-être faut-il oser dire :

 

On peut être chrétienne

Sans être quétaine

On peut être chrétien

Sans être crétin

 

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