Jean-Marc Gauthier

 

Témoignages

 

 

 

 

 

Hommage à Jean-Marc pour ses 80 ans
Daniel Cadrin

Mon chef Jean-Marc,

Après de longs et tenaces efforts, dans ta marche fidèle, tu as accédé au fameux stage ou stade de l'octogénariat. Tu fais partie des pionniers de notre groupe. Mais tu ne resteras pas seul longtemps : plusieurs d'entre nous te rejoindrons, donne-nous un peu de temps!

De les 80 ans, j'en ai connu 59. Puisque tu avais 21 ans quand je t'ai rencontré à St-Hyacinthe à l'été 1966. De souvenir en avenir, à travers changements et continuités, nous avons avancé, dans l'amitié, pendant ces décennies. Je t'en suis très reconnaissant. J'ai pu découvrir et apprécier plusieurs de tes visages. En voici quelques-uns, avec images.

1. Le finissant-commençant

 
 

Voici le jeune finissant du cours classique. Intense, présent et ailleurs, te regard rempli de questions et de rêves. Comme tant d'autres de sa génération des baby-boomers, moi inclus! Voici qu'il entre au noviciat des Dominicains, dans sa propre ville, et devient frère d'un gars de Lévis, qui étart comme lui engagé dans les Chantiers étudiants.

 
 

 

2. L'étudiant relationnel :

Tu prends au sérieux tes études, à Montréal puis Ottawa, tu t'y engages de l'intérieur. Sans négliger tes relations : ici, à Ottawa, avec deux des confrères de ton année, plus proches. Ou sur l'eau, avec Eugenio et une étudiante; plusieurs d'ailleurs, te tournaient autour, ou l'inverse!

 
   
    
 

 

3. Le chanteur en quête :

Dans toutes nos fêtes, tu chantes tes compositions, ce qui m'a toujours impressionné, parce qu'elles sont touchantes et profondes. Mais aussi tu chantes avec d'autres. Ici avec Pierrot Lambert et Denis Dion, Vous chantez du Vigneault? du Simon and Garfunkel?

 
 

Quand on regarde ici ce jeune homme au piano, on voit que ces chants et cette musique sont portés par une quête, de sens et de liens, d'identité et d'infini. Ce qui aussi m'impressionnait: je me tiens plutôt dans les surfaces, et quelques périphéries, ici, à l'évidence, ton regard est en recherche.

 
 

 

4. L'amoureux heureux :

Qui cherche trouve! Voici un couple heureux, fait l'un pour l'autre, dont l'amour, qu'ils s'en rendent compte ou non, fut et demeure rayonnant. J'ai eu l'honneur de bénir cette union de la St-Valentin. Qui a tenu, dans une fidélité créatrice.

 

 
 

 

4. Le papa débordé et débordant :

Cette union a porté fruit, c'est le moins qu'on puisse dire! Elle a même fait la manchette. Notre couple ici a l'air un peu fatigué, débordé, on les comprend; mais en même temps, ils débordent de tendresse. Et pendant qu'ils accouchaient à l'hôpital, je m'occupais des deux premiers, Etienne et Nicolas, tous deux aussi attachants que les trois à venir.

 
 

 

6. L'expert en sacrement :

Tu as enseigné les sacrements, et il y en a plusieurs, à des étudiants ouverts ou bouchés (c'est ainsi), qui parfois t'ont mis en beau sacrament. Mais tu as aussi agi dans ce domaine sacré. Ici, on te voit assister un diacre au baptême d'une des filles (Lysanne ou Mylène; Jean-Pascal fut baptisé hors-piscine), en présence, entre autres, d'Hélène et d'Étienne.

 
 

7. Le gars de gang :

Tu es capable de solitude et d'intériorité (ce mot-mystère), mais tu es tout autant un gars de party et degang! Les familles, les ami-es-, sont très importants pour toi. Pour notre plus grande joie! Ici, plusieurs sont là, aux âges et parcours variés. Je fais partie de cette famille élargie; mais, à l'avant, je pointais mon doigt vers qui?

 
 

 

 
 

8. Le méditant accompagné :

Il y a les nombreuses activités, le travail, les rencontres, la famille, le sport. Mais aussi chez toi, le besoin de t'arrêter, de méditer, de porter les réalités visibles et moins perceptibles par en-dedans, d'un point de vue neuf. Ici, l'environnement y invite, dans sa splendeur. Mais, dans cette démarche, je remarque que tu es accompagné, bien accompagné, par des experts en étonnement et admiration.

 

 
 

9. Le coureur aux grandes eaux :

Tu es en marche, en recherche, pèlerin d'espérance, mais pas seulement dans un sens symbolique (comme moi!). Ici, on voit bien, après plusieurs kilomètres de course, que tu gardes le sourire! Tu tiens le coup, tu poursuis. Faut dire que simplement, tu aimes cela; cette dynamique des pas en avant, résolument, c'est en toi.

Mais tu te plais aussi beaucoup dans les eaux : lacs, rivières, piscines, tu t'y plonges et t'y promènes, comme si c'était chez toi; cela aussi m'impressionne, étant plus réservé face aux flots. En plus, tu en ressors prêt à chanter!

 

 
 

10. Le clown qui donne à penser :

Tu es aussi une figure connue par un autre visage, plus spectaculaire, celui du célèbre Bozo, qui attire les gens et les enchante, tout en les déroutant, qui les émeut et les amène même à penser. Ce grand art, c'est plutôt rare! C'est même unique. Cela s'appelle un créateur.

L'originalité de cette figure du spectacle contemporain, c'est qu'elle provient du monde théologique, qui n'est pas spontanément associé aux chantsto uchants et aux rires réjouissants- Masi cette rencontre porte fruit et donne un nouveau visage, même officiellement, à la théologie, comme on le voit ici.

 

 
 

11. Le père attentif et attentionné :

Chacun de tes enfants (et petits-enfants) pourrait témoigner de ton attention et de ta générosité, au fil des ans, des situations et des imprévus de la vie. Ton cœur, et le tien est vibrant, s'émeut et met en marche une compassion active. Ici, on te voit avec un de tes fils, auquel, je présume, tu expliques Girard et Suzuki (celui du Canadien); et avec une de tes filles, que tu as réussi à endormir (ou presque).

 
   
    
 

12. L'époux aimé et aimant :

Voici un couple, d'un âge certain, mais étonnamment jeune! Hélène et Jean-Marc, vous êtes très unis, mais vous êtes demeurés différents, sachant intégrer cela à votre vie de couple. Et vous avez su lui assurer une consistance propre, par-delà la parentalité Il y a l'amour, mais il y a aussi l'intelligence de l'amour, qui trouve et met en place des moyens de le soutenir. Vous en êtes témoins.

 

 
    
 

13. L'ami infaillible :

À travers tous ces visages, et il y en aurait d'autres, se profile, pour moi, le visage particulier de l'ami. Cela évoque confiance et complicité, dans une fidélité sans faille, infaillible. Je t'en remercie de tout cœur. Et te souhaite, cher Jean-Marc, un joyeux octogénariat!

 

 
   
   

 


 

 

CÉLÉBRONS LA VIE DE JEAN-MARC GAUTHIER (1945-2025)
Daniel Cadrin, Prévost, 18 octobre 2025

J’ai connu Jean-Marc à l’été 1966. Il avait 21 ans. Nous entrions tous les deux au noviciat des Dominicains à St-Hyacinthe. Nous avions entendu parler l’un de l’autre car nous étions engagés dans les Chantiers étudiants. Durant cette année, et celles qui suivirent, j’ai découvert et vite apprécié plusieurs de ses traits : un sportif fougueux et très doué, au hockey comme en d’autres sports; un chanteur qui lors de nos fêtes, composait lui-même des chansons, parole et musique; un homme profondément religieux animé par une quête spirituelle forte. Tout cela m’impressionnait, car je n’avais aucun de ces dons! De plus, comme il venait de St-Hyacinthe, nous allions parfois faire un tour dans sa famille (et à l’épicerie), et ces visites ajoutaient une touche sympathique au noviciat.

Puis ce furent les études à Montréal et Ottawa. Là, j’ai pu côtoyer un intellectuel d’un type particulier : certes centré sur des grandes questions de la condition humaine et divine, avec rigueur et ténacité, mais aussi habité par une passion qui rendait sa recherche rayonnante. De toutes sortes de manières, Jean-Marc était un communicateur hors-pair, toujours intéressant car toujours intéressé aux gens.

Même s’il avait un côté solitaire, avec une vie intérieure intense, Jean-Marc était vraiment un frère, plutôt universel, un homme de communauté, un gars de gang. Cela était évident dans sa vie dominicaine, mais a continué après, entre autres avec le groupe St-Côme : un groupe d’ami-e-s à Ottawa, dans les années 70, dont certain-e-s vivaient en commune, d’autres en communauté. De 1978 à aujourd’hui, nous nous sommes rencontrés chaque année, d’abord étudiants, puis parents, puis grands-parents, avec les enfants de nos enfants. Par-delà toutes les questions abordées, un seul thème en ressort : l’amitié fidèle. Jean-Marc y a beaucoup contribué, par sa présence et son animation, ses chansons et réflexions, mais aussi par sa famille : Voir Hélène et Jean-Marc, ensemble, avec Étienne et Nicolas, puis Lysanne, Mylène et Jean-Pascal, être avec eux, voir tout ce beau monde grandir, c’était simplement réjouissant. Cela donnait et donne le goût de vivre.

Nous y voyions Jean-Marc : un époux aimé et aimant, un père attentif et attentionné. Parce que ce qui a caractérisé Jean-Marc, durant ces 59 ans où j’ai eu le privilège d’être son ami, c’est sa bonté généreuse, qui se montrait par une compassion active et expressive, où son cœur, son esprit, son corps, tout son être, étaient pleinement engagés.

Je me suis aperçu récemment, avec ton départ, que quand je parlais en moi-même, laissant monter des réactions, des opinions, des questions, c’est souvent au fond avec toi que je le faisais, sans que tu le saches. Je n’ai pas l’intention d’arrêter! Merci à toi, cher Jean-Marc.

Bozo

 


 

 

Un pionnier de la théologie pratique

Article de Loyola Leroux paru dans LE SENTIER, journal communautaire de Saint-Hippolyte

Jean-Marc Gauthier est décédé subitement, le 22 août dernier. Il habitait avec sa conjointe et ses cinq enfants à Sainte-Sophie. Il était un ami et collègue de Jacques Grand’Maison. Il a travaillé en pastorale à l’Évêché de Saint-Jérôme et dans la région et a été impliqué dans des projets collectifs dans la région.

Jean-Marc Gauthier a joué un rôle déterminant dans l’implantation et la reconnaissance de la théologie pratique (pastorale), au sein de l’université. Par son engagement, il a permis à de nombreux étudiants d’obtenir une reconnaissance universitaire dans une discipline qui répondait aux aspirations démocratiques des Pères de la Révolution tranquille, tel Guy Rocher, qui désiraient rendre l’enseignement accessible à tous.

Un pionnier de la théologie pratique

Grâce à ses efforts, les étudiantes et étudiants, surtout des femmes, ont désormais la possibilité de devenir docteurs en théologie sans devoir maîtriser toutes les langues anciennes, dont l’araméen, la langue du Christ. Ils peuvent orienter leurs recherches vers des enjeux contemporains tels que la famille, la pauvreté ou l’exclusion sociale. Il a contribué à éliminer le caractère élitiste des diplômes de doctorat, afin que tous les doctorats soient désormais considérés sur un pied d’égalité.

Un pédagogue engagé et humain

Jean-Marc Gauthier était reconnu pour sa créativité. Il n’hésitait pas à utiliser des méthodes originales pour dynamiser ses cours et rendre l’apprentissage plus accessible et humain. Il fut un précurseur des nouvelles approches pédagogiques, afin de faciliter aux étudiantes et étudiants leur réussite et renforcer leur estime de soi. Jean-Marc Gauthier a contribué de façon majeure à la démocratisation des contenus dans le domaine de la théologie.

Le Sentier de Saint-Hippolyte