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Ouf ! Qu'est-ce que je fais là ? Où suis-je ? Où suis-je tombé ? Me voilà à l'université, dans un congrès de théologie en plus ? Un clown à l'université. Je me sens... comme un chien dans un jeu de quilles. Mon maître à penser, le grand Sol, dirait : Comme un rien dans un jeu de filles. Mais on ne comprendrait pas ce qu'il dit, ni ce qu'il veut dire, surtout qu'ici il y a surtout des gars - ça pourrait faire travailler des exégètes-herméneutes pendant des années -. Vous connaissez Sol, le maître-penseur de tous les clowns d'ici et peut-être d'ailleurs. Le Thomas d'Aquin, le Karl Rahner, le Gadamer, le Heidegger, le Schussler-Fiorenza de la pensée clownesque. (Je me suis renseigné avant de venir vous rencontrer et certains m'ont conseillé de faire référence à de grands auteurs, pour vous impressionner). Eh bien, moi, ma grande référence, c'est Sol. Vous ne le savez sans doute pas mais je mène actuellement des recherches sur la pensée de Sol. J'ai d'ailleurs obtenu des subventions, grâce aux bons soins de l'une des vôtres, qui occupe un poste dans votre Société et qui est, secrètement et généalogiquement, une disciple de Sol : Sol-ange. La pensée clownesque entre à l'université, à l'uni-di-versité dirait Sol. Oui un clown à l'uni-di-versité, c'est comme un chien dans un jeu de quilles... mais où il y a plus de réserves que d'abats. Sol dirait, dans une volonté ambigüe d'intégration ou de libération des Amérindiens et autres lieux ghettoisés : « À bas les réserves ». Mais on ne le comprendrait pas et ça ferait travailler des sociologues-anthropologues-politologues et plusieurs autres logues. C'est comme ça que l'uni-di-versité se développe dans les hauts-lieux du savoir. Mais la théologie elle? La théologie à l'uni-di-versité, ça c'est sérieux. C'est tellement sérieux que même un clown n'arrive pas à trouver ça drôle. C'est tellement sérieux que même un clown-théologien ou un théologien-clown arrive difficilement à être drôle dans un tel contexte. Moi c'est le drame de ma vie ; je suis un clown qui n'arrive pas à être drôle, en tout cas à se trouver drôle. Un clown en théologie, c'est un mésadapté social. Je suis un mésadapté social. « Pôvre de petit moi », dirait Sol. Parlant de mésadapté social, avez-vous entendu les nouvelles au sujet de Théos alias Théo. Il paraît que, lui, le Grand Pan, le Grand Tout Partout, le grand fondement de tout, y compris de la théo-logie, bien entendu (je devrais dire surtout de la théo-logie), eh bien ! il a perdu sa place, son lieu, sa demeure. Eh oui, il est devenu un sans abri, un sans logis ; un Théo sans logis. Vous rendez-vous compte du drame, vous les spécialistes des logies de Théo. De quoi parleront ces spécialistes dans la grande uni-di-versité si Théo se retrouve sans logis, sans logie. On raconte, est-ce une rumeur ou une nouvelle, on raconte que le Grand Tout Partout serait devenu un P'tit Nulle Part qui a l'air de Rien. Le Grand Très Adapté Social serait devenu un P'tit Mésadapté Social, un P'tit Nulle Part qui a l'air de rien et qui se cherche une place, un logis, un lieu théo-logique. Le trouvera-t-il dans la grande uni-di-versité là où tout le monde devrait pouvoir, pouvoir, pouvoir (excusez-moi, le disque accroche ; c'est un vieux système)... pouvoir trouver sa place, une place parmi d'autres.
Chanson :
Le Grand Tout Partout Est parti en voyage Le Grand Tout Partout Est parti Le Grand Tout Partout Est parti sans bagage Comme un sans pays, sans logis (ie)
Musique
Le Grand Tout Partout Est parti en voyage Le Grand Tout Partout Est parti
Parti retrouver Son fond de Moyen-Âge Comme un oublié dans la nuit Comme un exilé dans la nuit
Sol, mon maître Sol, autrefois un adepte sérieux du Grand Tout Partout Très Adapté Social a vécu un grand bouleversement dans sa vie, une grande con-version. Sol dirait qu'il a viré con mais il ne faut pas le croire. En fait, il a vécu une grande expérience de dé-possession. Il est devenu un dé-possédé. Il a perdu son Théos, son Dieu, le Grand Tout Partout Très Adapté Social. Un jour qu'il s'en allait sur la route de Saint-Damase (c'est situé sur la Rive-Sud entre Québec et Montréal), il entendit une voix : « Sol, Sol, pourquoi me persécutes-tu ? » Sol qui, dans un premier temps, ne comprend jamais rien à rien, a répondu : - Mais qui es-tu toi que je persécute sans connaître. (Je fais ici une parenthèse pour introduire mes recherches sur Sol. De grands débats exégétiques sont actuellement en cours quant à la signification du mot persécutes. D'après la filière latino-gréco-hébraïco-araméenne, il se pourrait que le mot persécutes ne veuille pas dire persécuter mais poursuivre fébrilement, rechercher activement. Il faudrait alors comprendre la phrase ainsi : - Sol, Sol, pourquoi me cherches-tu avec tant d'empressement, avec tant d'anxiété ? Cela pourrait expliquer le sens de la réponse qui a été donnée à Sol : « Je suis... le P'tit Nulle Part qui a l'air de Rien et que tu prends encore pour un Grand Tout Partout ». Alors Sol, n'écoutant que son grand cœur, répondit du tac au tac: « Mon Dieu, mon Dieu, qui a l'air de rien, pourquoi es-tu abandonné ». (À moins que ce soit : - pourquoi t'es-tu abandonné ? Pour ne pas alourdir le texte, je parle maintenant de cette autre possibilité comme une note en bas de page. En fait, tout cela est survenu quand la marmotte, en se promenant, a trouvé d'autres cassettes ou plutôt d'autres manuscrits, ces fameux manuscrits de la marmotte ou de la mare morte sur lesquels on retrouvait le t'es-tu abandonné. Certains théologiens plus audacieux ont élaboré à partir de cela la théologie de la kénose qui part du principe que qui n'ose pas n'a rien ; et pourtant ils se sont retrouvés avec rien ou presque: un P'tit nulle part qui a l'air de rien). Je continue mon récit, revenons au texte. Sol répondit donc: « Pourquoi, pourquoi es-tu abandonné »? Le P'tit Nulle Part, sans doute trop ému, garda le silence... Le silence de l'Éternel semble souvent... éternel. Alors Sol posa un geste que, jusqu'à maintenant, on n'a pas réussi à expliquer ; il enleva ses souliers et une sacrée odeur se répandit sur toute la Rive-Sud, odeur qu'on interpréta par la suite comme une odeur de sainteté. Puis Sol tomba littéralement au sol, à genoux, aveuglé par un rien de lumière phosphorescente (une contradiction que les spécialistes n'arrivent pas encore à expliquer : comment un rien de lumière peut-il être phosphorescent ? Les recherches se poursuivent ? Dirait-on que les recherches se persécutent ? Habituellement, ce sont plutôt les chercheurs qui se persécutent... à cause des subventions. Il ne faut pas en conclure que tous les chercheurs sont des persécuteurs ; ils ne font que poursuivre... poursuivre leur recherche... poursuivre leur recherche. Ce que l'on sait, c'est que Sol décida de renoncer à tout jamais au Grand Tout Partout et il se mit à la recherche du P'tit Nulle Part qui a l'air de Rien. Mais il se dit... intérieurement... très intérieurement (pour ne pas blesser le P'tit Nulle Part) : « C'est comme chercher une aiguille dans un botte de foin ». (Cette phrase, reprise banale du folklore, peut quand même être considérée comme une parole authentique de Sol ; des recherches archéologiques menées à l'intérieur du Sol en question ont confirmé cela). Et comme il fallait s'y attendre, Sol revint de Saint-Damase et il alla dans la grande ville, dans la grande Agora, sur le Mont Réal. Et là, il parla de sa recherche du P'tit Nulle Part qui a l'air de Rien, de son aiguille dans une botte de foin. Sol se mit à dire à plein de gens qui ne l'écoutaient pas : « Je vous annonce un Théo inconnu, un P'tit nulle part qui a l'air de rien ». Les gens de l'Agora du Mont Réal se mirent à rire de lui : « Montre-le nous ton Théo inconnu, ton P'tit Nulle Part qui a l'air de Rien et nous croirons en lui. Mais si tu ne peux pas nous le montrer, reviens plus tard, après nos émissions ; nous t'entendrons là-dessus une autre fois ». (Cette expérience négative marqua beaucoup Sol et on raconte que c'est à partir de cela que s'est développé tout un courant de théologie dite... négative, marqué par le P'tit Nulle Part qui a l'air de Rien). « On t’entendra là-dessus une autre fois », lui avaient dit les gens de l’Agora. En fait, ils devinrent les disciples d'une autre foi ; ils devinrent des individualistes invétérés, chacun cherchant à bâtir sa petite foi pour lui-même. Et comble d'ironie, ils se réclamèrent de Sol et se firent appeler les sol-istes, chacun jouant sa petite foi, en solitaire, pour lui-même... ou pour elle-même, car les solistes étaient mixtes. Quand Sol apprit cela, il en fut bien attristé. Tant qu'à avoir des disciples - bien qu'à vrai dire, ce n'était pas sa première préoccupation - Sol aurait souhaité qu'il fussent non des sol-istes mais des sol-idaires, dans une espèce de communauté de foi unidiversifiée ; une communauté ou chacun et chacune trouvât sa place... sa place publique, son agora. En fait une communauté où l'on referait l'agora autrement ; une communauté où l'agora deviendrait le grand lieu des sans-lieu, des sans-abris et des sans-logis (un sans logie, disait Sol, c'est quelqu'un de qui on ne parle pas et qui n'a pas droit de parole). Et Sol rêvait qu'on parle de tout le monde et que tout le monde ait le droit de parole dans la grande uni-diversité, dans toutes les uni-diversités. Il rêvait que tous ces p'tit nulle part qui ont l'air de rien trouvent leur place, qu'ils deviennent des lieux théo-logiques. Il n'était pas pratique Sol, c'était un rêveur ; il n'avait pas suivi de cours en théologie pratique, pôvre de petit Sol. Mais cela n'empêchait pas Sol de rêver, à l'aube du troisième millénaire. Il attendait l'aube mais il se demandait ce qui était le plus réel, le plus vrai : l'aube du troisième millénaire où le crépuscule du deuxième ? « Sommes-nous au début ou à la fin de quelque chose ? » se dit-il. « Le Grand Tout Partout est disparu. N'est-ce pas le temps du crépuscule des idoles, du crépuscule des dieux? N'est-ce pas le temps du déclin, du déclin de l'Occident ? ». Sol, qui n'arrêtait pas de penser en dé-pensant les mots, se dit en lui-même: « Le crépuscule et le déclin, c'est le pléonasme de l'Occident. L'Occident, n'est-ce-pas le lieu où le soleil se couche, où la lumière décline... où le Grand Tout Partout disparaît ou se meurt? » « Quand j'occide, disait Sol, c'est que je crépuscule et que je décline. Peut-être que le Grand Tout Partout disparaît en crépusculant dans l'Occident qui décline. Woah! » (les exégètes-herméneutes auront tout le troisième millénaire pour comprendre le sens de cette phrase... sol-aire. Sol, dans sa grande générosité a décidé de collaborer à créer des emplois à long terme). Et Sol continua : « Aussi bien attendre l'aube, aussi bien attendre l'aurore... pourvu que cette aurore ne soit pas un enfant martyr. Mais pourquoi faudrait-il que les aurores soient des enfants martyrs? »
Chanson :
Le Grand Tout Partout Délaissé de toute part Cherchait un nouveau chemin Le grand Tout Partout Cherchait un nouveau phare Comme un Nulle part Qui a l'air de Rien
Le P'tit Rien Nulle part Est revenu sans bagage Au crépuscule de l'espoir Le P'tit Rien Nulle Part A retrouvé un langage D'où il attend son aurore
Quel sera le lieu de Théo, le P'tit Nulle Part qui a l'air de Rien, en ce troisième millénaire? Peut-être découvrira-t-il ou redécouvrira-t-il son Orient ? Peut-être apprendra-t-il à s'orienter et à trouver son lieu, à trouver son logis et... sa logie. Pourra-t-il avoir sa place - son lieu théologique - dans les uni-diversités, dans les adversités... comme disait Sol. Dans les adversités unidiversifiées se posent encore et beaucoup des problèmes d'interprétation. Les interprètes n'en finissent plus d'interpréter uni-diversement et adversement ; on est en plein conflit herméneutique. « Ah! l'armée-noeud-tic, disait Sol, quel monde ! Mais il y a quelque chose que je ne comprends pas, disait-il : c'est le tic. Je comprends lorsqu'on parle d'armée puisqu'il y a conflit. Je comprends le nœud puisque dans tout conflit, on risque de frapper un nœud. Et les interprètes cherchent souvent à trancher le nœud gardien. Mais je ne comprends pas le tic; je tique sur le tic. Peut-être est-ce un problème de tic (d'éthique). L'armée-nœud-tic serait un problème d'éthique ». « Les vrais conflits armée-nœud-tic, disait Sol, sont ceux qui risquent de tuer... ou de faire vivre. C'est là qu'on touche ou qu'on frappe le vrai nœud. » « Mais la théologie là-dedans », ai-je demandé à Sol ? Alors il me répondit : « Le problème de la théologie, c'est qu'elle est encore trop armée. Il faut désarmer Dieu et l'armée-nœud-tic. Car l'armée-nœud-tic du Grand-Tout-Partout est une armée-nœud-tic du Dieu des armées; ça bat fort et ça bat haut. Mais quand le Grand-Tout Partout est un P'tit Nulle Part qui a l'air de Rien, quand le Sabbaoth est tombé bas, très bas, l'armée-nœud-tic doit désarmer, se déconstruire et devenir une désarmée-nœud-tic...pratique, une éthique désarmée. Pour cela, il faut renoncer à être soldat et ne pas se battre... pour rien. Moi qui suis si Sol, je ne veux pas être Sol-dat, sol-lement un peu sol-idaire ». Puis Sol se la ferma. Mais moi je reste avec plein de questions. Qu'est-ce qui s'en vient ? Je ne sais pas moi. Je n'ai pas fait d'études à l'uni-diversité Notre Dame. Je n'ai pas eu d'apparition. Je ne suis pas un disciple de Nostra Damus qui, lui, a déjà tout enfermé l'avenir du monde dans ses écrits, qui a déjà mis en quatrains l'avenir du monde. Sol, lui, disait : « Si tu veux savoir vraiment ce qui s'en vient, fais-le ». Je ne sais pas si c'est cela qu'on appelle la théologie pratique. - Il paraît aussi que des études sont menées en théologie féministe pour savoir si le P'tit nulle part ne serait pas une P'tite nulle part. Mais alors remonte à la surface la phrase énigmatique de Sol : « Je suis comme un rien dans un jeu de filles ». Des recherches sont en cours quant à savoir quel est le sens du rien qui pourrait bien être rienne. Jusqu'à maintenant, aucun résultat n'a transpiré. - La recherche ne se permet aucune méno-pause -. Je dis qu'aucun résultat n'a transpiré si ce n'est cette recherche sur le sens du mot rienne. Rien-ne peut être vu comme la mise ensemble de deux négatifs: rien et ne. À partir du principe que deux négatifs égalent un positif, on pourrait en conclure que la théologie du rien-ne est foncièrement positive. Une théologie positive : Rien ne manque aux femmes, quoiqu'en dise Freud. Il se pourrait cependant qu'on élabore une théologie radicalement négative : la P'tite Nulle part qui a l'air de rienne se cache et nous manque infiniment. On ne sait pas si on a réussi à s'entendre à ce sujet ni d'ailleurs au sujet de rien. C'est le lot, semble-t-il, de toute la recherche théologique, en ce changement de millénaire : on arrive difficilement à s'entendre sur rien, au sujet d'un P'tit Nulle part qui a l'air de Rien. Qui a l'air de rien... mais l'est-il? Est-il celui qui est rien ou devons-nous en attendre un autre ... ou une autre ? Ah! mon Dieu, que je suis sérieux, beaucoup trop sérieux. Je suis condamné à être sérieux. De plus, je suis pris dans les filets d'un maître-à-penser. Pris dans les filets de Sol(e), enfermé dans la clé de Sol. Si je n'arrive pas à être plus drôle, je crois que je vais me faire professeur de théologie dans une uni-diversité. Après tout, il n'y a pas de sot métier... et peut-être que je pourrai alors penser par moi-même, y apprendre à penser par moi-même. Oh! ça fait peur ! Mais est-ce que j'ai peur... pour rien ?... moi qui n'ai peur de rien...
Chanson
Le P'tit Rien Nulle Part Est revenu sans bagage Au crépuscule de l'espoir Le P'tit Rien Nulle Part A retrouvé un langage D'où il attend son aurore
Comme un enfant Qui courait sur la plage Les mains tendues vers la mer Le P'tit Nulle Part A retrouvé son âge D'une éternité à faire
...Une affaire d'éternité : - Car je t'aime ô Éternité, car je t'aime ô Éternité - Ainsi parlait Sol-à-Thoustra... par Bozo interposé.
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Liste des monologues
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