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Bonjour! Ça va bien? Comme on se connaît déjà, les présentations seront brèves. Vous terminez votre cours sur l'Église et mon « chum » m'a dit qu'il ne savait pas trop comment vous parler de la place des laïcs dans l'Église. Je dois avouer que c'est une question qui me préoccupe mais il me semble qu'il n'y a pas de quoi passer tant de temps à discuter de questions comme ça. La dernière fois que je suis allé à l'église, tout était clair. Il y avait du monde qui était là, en bas, et d'autres étaient là, un peu plus haut. On m'a expliqué, après coup, que là où était la grande majorité du monde, c'était la nef. Il y en avait bien quelques-uns qui étaient là en avant, un peu plus haut, dans le choeur m'a-t-on dit. Et parmi ceux-là qui était en avant, il y en avait bien un qui se démenait plus que les autres et qui avait l'air du maître de cérémonie. C'est surtout lui qui parlait et qui avait l'air (je dis ça dans mes mots) qui avait l'air de donner le spectacle. Puis les autres écoutaient ... et tout le monde avait l'air content. Chacun semblait être à sa place et personne ne cherchait à prendre la place de l'autre. J'imagine que ceux qui était en bas - je devrais dire celles qui étaient en bas, car c'était des femmes en grande majorité - j'imagine que ceux et celles qui étaient en bas, ce sont eux qu'on appelle des laïcs. En tout cas, je pense que ça devait être eux car ils ne bougeaient pas, à moins qu'on leur dise : « Assoyez-vous, mettez-vous debout, mettez-vous à genoux ». Ils ne disaient pas un mot sinon pour répondre en choeur à celui qui était le maître de cérémonie. J'avais l'impression qu'il y en avait quelques uns qui en profitaient pour prier du temps qu'ils étaient là. En tout cas, tout le monde avait l'air de savoir où était leur place, dans les bancs, dans la nef. Ça devait être de vrais laïcs, car à un moment donné, le maître de cérémonie s'est mis à leur parler de ce qu'ils devaient faire, de ce qu'ils devaient savoir etc. De temps en temps, il leur disait : « Vous autres, les laïcs... » et personne ne protestait, tout le monde avait l'air de prendre ça pour acquis, comme s'ils se reconnaissaient, comme s'ils se disaient : « Quand on rentre ici, on se ferme, on écoute et on est des laïcs ». Mais quand ils ressortaient, là ils avaient des commentaires à faire, ça se parlait; ils se racontaient des choses. Certains même se permettaient des commentaires sur ce que le maître de cérémonie avait dit ... mais là c'est comme s'ils oubliaient qu'ils étaient encore des laïcs. Moi, mon hypothèse est que, plus l'odeur de l'encens s'éloignait, plus ils s'éloignaient du choeur et de la sacristie, en somme plus ils s'éloignaient de l'église, plus se dissipait leur sentiment d'être des laïcs. Mais là je me disais : « Bozo, peut-être que tu ne comprends pas ce qui se passe, peut-être que t'exagères ». Il faut que tu ailles voir ça de plus près ».. Alors j'ai décidé d'aller faire une enquête sur place. Quand j'ai vu tout ce monde de laïcs qui sortaient de l'église, je me suis dit je vais aller leur parler. Alors, j'en ai interpelé quelques-uns. « Hey laïcs! »... mais personne ne retournait. Alors j'ai crié plus fort : « Hey, laïc ». Alors il y en a un qui se retourne car il sentait bien que c'était lui que j'interpelais. Mais il avait la tête pleine de point d'interrogation comme s'il ne comprenait à quoi je voulais en venir. Je lui ai dit: « Oui, oui, c'est à toi que je m'adresse » - Il me dit, je ne m'appelle pas laïc, je m'appelle Fred ». « Oui, mais tu es quand même laïc » - « Je viens de te dire que je m'appelle Fred » - Alors là, je me suis mis à lui expliquer pour qu'il comprenne un peu la situation. Je lui ai dit : « si tu n'es pas clerc, t'es laïc ». Il m'a dit, écoute un peu, c'est sûr que je ne suis pas Claire, Claire, c'est le nom de ma femme. Alors c'est sûr que je ne suis pas Claire. Tu dois être assez fin pour distinguer entre un homme et une femme, entre Claire et moi ». J'ai senti qu'on s'embarquait dans des discussions qui n'auraient pas de fin. Je me suis dit : « Celui-là ne comprendra jamais où je veux en venir » -. Je l'ai laissé là, en me disant que c'était un pauvre laïc qui s'ignorait. J'ai quand même décidé de poursuivre mon enquête pour en avoir le coeur net. Le problème, c'est que tous ceux que je rencontrais avaient à peu près la même réaction. Quand ils se retrouvaient en dehors de l'église - de la bâtisse- c'est comme s'ils ne se reconnaissaient plus comme laïcs. Comme si cette question-là n'avait plus d'importance pour eux. Alors, je me suis dit : Je vais aller en terrain connu. Je rencontre mon ami François. Nous autres on l'appelait Ti-Franck. Il était chauffeur d'autobus. Je me mets à lui parler de cela. Qu'est-ce qu'il pensait de la question des laïcs. Alors mon Ti-Franck me dit : « justement, il y a un des chums qui est devenu laïc, il n'y a pas longtemps » - devenu laïc? - « Oui, oui, il a commencé à donner des cours de religion, de catéchèse, je ne sais pas trop; il se tient avec les prêtres, il est souvent à l'église, il est devenu laïc ». Je sentais que de la façon dont il me parlait, c'était comme si son chum était devenu fou. Il était viré laïc. - Alors, je lui ai dit : - Eh toi, Ti-Franck? - Quoi moi? - Oui, toi aussi, tu es laïc! - Là il m'a regardé avec de grands yeux, en se retenant pour ne pas rire. Eh là j'avais l'impression qu'il se disait : - Bozo, c'est toi qui est devenu fou. Comment ça je suis laïc? Je lui ai dit : - Mais oui, toi aussi, tu es laïc! Il me dit : - Depuis quand? - Mais depuis que tu es au monde. - Ah! Comme ça j'aurais attrapé ça en venant au monde? - Alors là je lui ai dit : - Si tu me poses la question de cette façon, je vais te répondre que -suite aux études que j'ai faites sur le sujet - il semble qu'il y ait deux possibilités ; ou bien ça t'arrive quand tu viens au monde ou bien avec le baptême. Il me dit alors, avec son œil perçant : - Comme ça, C'est une MTS - Comment ça? - Eh oui! Oui bien c'est une maladie transmise sexuellement qu'on attrape en venant au monde ou une maladie transmise sacramentellement par le baptême. Je lui dis : - Ti-Franck, t'es pas sérieux là; on parle de choses sérieuses! - Il faut être rendu bas ; quand c'est un clown qui est obligé de rappeler aux autres que les choses sont sérieuses. Mais Ti-Franck continua : - Comme ça, mes quatre enfants à la maison, ce sont quatre petits laïcs! Ils sont au monde et baptisés en plus de ça. Alors là je n'ai pas perdu l'occasion et j'ai ajouté : - Plus, que ça; à tous les soirs, tu couches avec une laïque (je veux pas entrer dans ta vie privée) - Ah parce que les femmes aussi seraient des laïques. Il me semble que ça n'a pas toujours été comme ça - En général, les femmes sont considérées comme des laïques. Même s'il y a une petite question pour savoir si toutes les femmes sont des laïques, s'il faut intégrer aussi les religieuses qui ont un statut particulier. Des petits débats juridiques, mais en fait, il semble que toutes les femmes soient des laïques. Là mon Ti-Franck me regarde et il me dit : - Ça fait une maudite gang de monde çà ; en fait il a adopté un langage un peu plus chrétien que ça... car c'était un vrai laïc. Mais je sentais qu'il était déboussolé par ce qu'il venait d'apprendre. Il me dit alors : - Comment ça se fait que je n'e l'ai pas su avant? J'aurais pu me forcer pour être un bon laïc. Quand il m'a dit cela, alors il m'est venu à l'idée de lui expliquer ce qu'un savant chercheur m'avait dit concernant les laïcs. Je lui dis : - Il semble qu'il y aurait trois couches de laïcs, oui, oui, trois couches laïcales. La première couche laïcale, ce serait, comme je disais tantôt, quand tu viens au monde. Ça c'est une couche assez mince. Étant donné que, quand tu viens au monde, tu n'es pas prêtre, tu es nécessairement laïc. Donc tout le monde est laïc en partant. Il me dit alors : - Alors ça inclut les chinois? - Oui, oui, les chinois puis tous les autres. Tout le monde est laïc. Mais ça fait un peu vaste et vague comme notion. Alors on a essayé de délimiter cela un peu, histoire d'en éliminer quelques uns pour qu'on se retrouve un peu plus entre nous. La deuxième couche laïcale, ça aussi on en a parlé tantôt, c'est quand t'es baptisé ; alors là, c'est une couche un peu plus épaisse et ça élimine un bon nombre de personnes, pas mal de chinois puis bien d'autres et on se retrouve un peu plus entre nous autres. - Et la troisième couche? - Eh bien, la troisième couche, c'est quand tu commences à fréquenter les prêtres, comme ton chum dont tu parlais tantôt. Il serait dans la 3e couche. Là, tu prends plus conscience, par contraste, que tu es un laïc. Et souvent, c'est là que tu découvres que t'étais laïc depuis le début, même si tu le savais pas. On appelle ça le « laïcat rétroactif ». - C'est bien intéressant, bien bien intéressant qu'il me dit... mais je dois partir. Et je suis resté seul avec mes théories sur le laïcat. Et il m'est monté un sentiment de tristesse. En racontant tout cela à Ti-Franck, j'ai pris conscience pourquoi, moi Bozo le clown, j'avais si peu le sentiment d'être un laïc. C'était parce que je fréquentais trop peu les prêtres. Je me suis mis à marcher tout seul avec mes pensées, aux prises avec une sorte de crise d'identité au sujet de mon être laïcal. C'est lors que j'ai pensé à un de mes vieux amis, Théophile - nous autres on l'appelle Théo. Théo, c'est un vieux sage comme il ne s'en fait plus, qui vit tout seul dans sa cabane, une petite cabane pas loin, à l'orée d'un bois. Il passe ses grandes journées à jongler. C'est comme si lui, il avait pris le temps de jongler à toutes les questions qui se posent, comme s'il avait pris le temps d'écouter tout ce que la vie avait à dire. Vous savez, il y a toutes sortes de monde, des coureurs des bois, des trappeurs des bois ; Théo, lui, c'est un trappiste des bois, un gars qui vit tout seul mais qui est plein de toutes sortes d'affaires. Lui, quand on va le voir, on a le sentiment qu'il a tout lu et pourtant, quand on regarde dans sa cabane, il 4 ou 5 petits livres. On a le sentiment qu'il a tout vu et pourtant il ne sort presque jamais. On a le sentiment qu'il a tout vécu et il passe ses grandes journées tout seul. C'est pour cela que je me suis dit que Théo devait avoir quelque chose à me dire. Je me suis décidé à aller le voir. J'arrive là un bon matin ; mon Théo était là ; il fumait sa pipe ; il buvait une espèce de tisanne-thé-café. Je lui dis : - Salut Théo. - Salut mon Bozo, prends le temps de t'asseoir. Eh là il m'a offert son espèce de thé-tisanne ; en tout cas quelque chose qui vous réchauffe le coeur, qui vous remonte le corps. Ça m'a fait du bien. Et là je suis allé chercher toute mon énergie intérieure et j'ai dit à Théo, en espérant qu'il ne rirait pas de moi : - Théo, qu'est-ce que tu penses du laïcat? - Théo m'a regardé en plein dans les yeux et il est resté comme ça pendant au moins une minute, sans dire un mot, comme s'il prenait le temps de réfléchir à ma question. Tout à coup j'ai vu dans ses yeux comme une lumière et il m'a dit : Do not. Je lui dis : Pourquoi tu me parles en anglais? - Il a répété : Do not. Et là je me suis dit : Do not, do not, do not, qu'est-ce que ça veut dire? - et là quelle que soit la question que je lui posais, il disait : - Do not. Alors je me suis dit : - ce qu'il me donne là, c'est quelque chose comme un mantra; il veut que je me répète cela et que je réfléchisse là-dessus. Alors ça ne me donnait plus rien de l'interroger. Je suis parti prendre une marche en me répétant constamment - Do not, do not. Tout à coup je me suis dit : je sais ce qu'il veut me dire. « Do not », ça veut dire que les clercs ont toujours dit aux laïcs : - fais pas ci, fais pas ça (do not do that). Alors je repars voir mon Théo et je lui dis ce que j'ai découvert. Il me dit simplement : - Do not. Ça voulait dire : - continue à réfléchir. Je suis reparti réfléchir à mon do not, do not. Et là je me suis dit : - je sais ce qu'il veut me dire : il veut me dire que c'est trop compliqué cette question-là. Do not touch au mystère du laïcat. - touche pas à ça. Je retourne voir mon Théo et je lui dis ce que j'ai compris. Il me regarde encore dans les yeux et il me dit : - Do not. Et là je repars en me disant - ça va faire là do not, do not - J'essaie de me concentrer do not, do not, do not. Et là je me suis dit : - C'est simple, il veut me dire que le laïcat, c'est quelque chose de négatif. Et là, c'est comme si une lumière avait commencé à s'allumer. Je revenais tranquillement, sûr d'avoir trouvé quelque chose, et, justement, j'ai vu une enseigne lumineuse sur laquelle était inscrit Dunkin Donut : - C'est ça qu'il veut dire, c'est ça qu'il veut dire, pas do not mais Donut. C'est le beigne, tout dans le beigne. J'étais comme fou, je sentais que j'avais trouvé la réponse. En arrivant chez Théo, j'ai crié : - Hey, c'est le beigne, Théo, c'est le beigne. Il m'a dit : - Assis-toi là ; t'es sur la bonne voie. Et alors on s'est mis à discuter du beigne. - Quand tu regardes un beigne, qu'est-ce que tu vois, m'a dit Théo. - Eh bien, moi je vois un trou et un tour autour du trou. Ou bien je vois un tour avec un trou au milieu. - T'es sur la bonne voie. Le laïcat, c'est comme le trou du beigne. Mais c'est avec le temps qu'on a pensé que ça prenait un trou pour faire un beigne car c'est possible qu'il y ait un beigne sans trou. J'ai dit : - Oui je sais, il y des beignes pas de trou chez Dunkin Donut. - Alors, tu vois ce qui s'est passé, c'est qu'à un moment donné, des gens ont décidé que le beigne prendrait un trou et ils se sont organisé pour être le tour. Tu sais, il n'y pas grande différence entre un tour et un trou. Ce sont les quatre mêmes lettres : T O U R et T R O U. La différence, c'est que le R n'est pas placé au même endroit. La différence est dans l'R (L'air). Oui, c'est l'air qui fait toute la différence. Je l'écoutais et j'étais presque bouleversé de découvrir pour la première fois que le laïcat, c'était comme le trou du beigne. Alors j'ai dit à Théo : - Qu'est-ce qu'on fait avec ça? Mon Théo s'est concentré, comme si c'était toute sa résistance intérieure qu'il laissait monter. Cela a duré une bonne minute et alors il dit : le laïcat, c'est comme le trou d'un beigne mais ça ne peut pas fonctionner comme cela parce que...
(Chanson)
On n'est pas des trous de beigne
On n'est pas des trous de beigne Sans visage et sans jour Mais ceux qui nous entraînent Nous ont peut-être joué un tour On n'est pas des trous de beigne (bis)
On n'est pas des trous de beigne Encerclés dans leur cour Et ceux qui nous enchaînent Ont-ils des droits sur nos amours On n'est pas des trous de beigne (bis)
On n'est pas des trous de beigne Enfermés dans leur tour Et ceux qui enseignent Ont-ils revu leurs cours On n'est pas des trous de beigne(bis)
On n'est pas des trous de beigne Enfuis aux alentours Et ceux qui pensent qu'ils règnent Se perdent dans leurs détours On n'est pas des trous de beigne (bis)
On n'est pas des trous de beigne Fermés à double tour Seuls nos rêves sont nos chaînes Du creux de nos amours On n'est pas des trous de beigne (bis)
Musique
On n'est pas des trous de beigne...comme tu le dis Théo... je vais retenir ta leçon... et je suis parti, en me disant que j'en avais pour de semaines à réfléchir à ça : on n'est des trous de beigne. En m'en allant, je rencontre un groupe de jeunes qui jouaient au ballon. Tout à coup j'entends un des jeunes qui dit à l'autre : - Hey! Ti-cul envoie-moi le ballon!. Ça m'a rappelé des souvenirs. Quand j'étais plus jeune, il y avait un gars, Claude Lussier, que tout le monde appelait Ti-Cul. Il avait 5 ans, on l'appelait Ti-Cul ; à 10 ans on l'appelait Ti-Cul ; à 20 ans on l'appelait encore Ti-Cul. Et peut-être qu'à 30 ans il y a des gens qui l'appelaient encore Ti-cul... Alors je suis allé voir ce jeune-là et je lui ai demandé : - Tu ne serais pas parent avec Ti-Claude Lussier, alias Ti-Cul, par hasard? Il m'a répondu : - Bien sûr qu'on est parent, c'est mon père. - C'est ton père et toi aussi on t'appelle Ti-cul. Tout le monde t'appelle Ti-cul!. Ils étaient ti-cul de père en fils. Je lui ai dit : - Ça ne te fatigue pas qu'on appelle comme ça? Alors il m'a regardé avec un drôle d'air et il m'a dit : - Tu sais M'sieur le clown, on est toujours le Ti-cul d'un gros, t'sé veux dire! Là moi, je n'avais plus rien à dire. Je suis parti mais j'ai repensé longtemps à sa phrase en me disant : - Lui, il a dit quelque chose que pas beaucoup de philosophes ont dit avec autant de pertinence : - On est toujours le Ti-cul d'un gros, t'sé veux dire. D'ailleurs, je ne sais pas pourquoi, mais ça m'a fait penser à un grand philosophe, un allemand je pense. Je ne sais pas comment prononcer son nom : Y Gèle, Y Gueule, Hegel ; il aurait sorti la théorie de la dialectique du maître et de l'esclave. Mais comme je ne comprends pas trop ce qu'il veut dire, j'ai traduit ça par L'élastique du maître et de l'esclave. Si c'est vrai que t'es toujours le ti-cul d'un gros, alors c'est comme si t'étais pogné avec le gros, comme attaché par un élastique. Le gros, lui, tire plus sur l'élastique et le petit fait young, young, young, young, young, young... l'élastique du maître et de l'esclave ou t'es toujours le ti-Cul d'un gros, t'sé veux dire. Ce jeune, ce ti-bout avait déjà compris des choses très profondes. Je me suis dit, cette phrase-là est un texte prophétique et il faut en faire l'exégèse, l'interprétation, l'herméneutique, comme ils disent. En tout cas, il faut comprendre ce que ça veut dire. Faire l'exégèse ou l'interprétation de la phrase, c'est assez simple. Tu prends ça mot à mot et t'essaies de comprendre ce que ça peut vouloir dire. "On est toujours... c'est clair, il me semble, le ti-cul, ça aussi c'est clair... d'un gros ; le premier bout de la phrase ne demandait d'avoir suivi des cours de grec ou d'hébreu pour en comprendre le sens. C'était la 2e partie de la phrase qui posait problème. C'était le t'séveux dire; Le t'sé veux dire est très important. toute la question de l'interprétation, de l'herméneutique, est dans le t'sé veux dire. La question est de savoir si dans le t'sé veux dire, on sait ce qu'il veut dire ou on ne sait pas ce qu'il veut dire. Moi, mon hypothèse de recherche, c'est quand on pense qu'on sait ce qu'il veut dire c'est alors qu'on montre qu'on ne sait pas ce qu'il veut dire... t'sé veux dire. En d'autres mots, comme moi je sais ce que ça veut dire, cette phrase énigmatique veut dire qu'on est pogné pour avoir le visage de celui qui nous regarde... t'sé veux dire.
(Chanson)
Le ti-cul d'un gros
On est toujours le ti-cul d'un gros T'sé veux dire On est toujours le quec'chose d'un autre T'sé veux dire
Ou bien t'es le fils de ton père Ou bien t'es la fille de ta mère Ou bien t'es la soeur de ton frère Ou bien la femme du notaire
On est toujours le quec'chose d'un autre
Ou bien t'es la bonne à tout faire De ton curé la ménagère De ton patron la secrétaire Ou bien le laïc de ton clerc
On est toujours le ti-cul d'un gros T'sé veux dire On est toujours le quec'chose d'un autre T'sé veux dire
Mais là, parfois, tu te réveilles Tu te retrouves de l'autre côté De l'autre côté de ton sommeil De l'autre côté de tes idées
On est toujours le quec'chose d'un autre
De l'autre côté de ce que t'étais De tout ce qui t'avait façonné De l'autre côté de ton portrait Qu'un autre avait dessiné
On est toujours le ti-cul d'un gros T'sé veux dire On est toujours le quec'chose d'un autre T'sé veux dire
Musique
Mais si un jour toi tu décides que tu veux plus Être le ti-cul d'un gros Alors le gros sait plus où mettre son... T'sé veux dire
(Ou pour le dire en image, quand l'élastique du maître et de l'esclave est trop tendu, il suffit que le ti-cul lâche son bout et alors le gros se retrouve sur son t'sé veux dire)
Musique
J'ai dit adieu au fils de Ti-Claude Lussier, alias Ti-Cul qui m'avait appris beaucoup de choses sur la question de laïcs même s'il n'en avait jamais parlé.
J'ai continué ma route en me disant : - Bon pour aujourd'hui, c'est assez. Mais ce n'était pas assez, car sans trop m'en rendre compte, j'ai marché, marché et je suis arrivé aux pieds d'une montagne et je suis arrivé face à face avec Ti-Paul, Ti-Paul Latour. Il faut que je vous parle de lui un petit peu car c'est un gars bien spécial. Il se retrouvait toujours aux pieds d'une montagne, d'une tour, d'un ascenseur. N'importe quoi à grimper à monter. C'était peut-être à cause de son nom - Latour - mais il avait toujours les yeux tournés vers les sommets. Il était obsédé par la hauteur, fasciné par les sommets, d'autres diraient : fasciné par le pouvoir. D'ailleurs ce qui l'avait intéressé à un moment donné, c'était ce qu'il appelait le pouvoir sacré. Il avait essayé de gravir les échelons ; il avait bien grimpé quelques marches ; il avait bien failli se rendre en haut mais il était redescendu. Mais c'est comme si, depuis ce temps-là, il se sentait réduit, diminué. Pour rester dans notre sujet, il se sentait réduit à l'état laïc. Ça le fatiguait et c'était plus fort que lui, il voulait toujours remonter à quelque part. C'est pourquoi il fréquentait les montagnes, se retrouvait aux pieds des pyramides. Fasciné par les pyramides. Pourtant j'ai essayé de lui faire comprendre de toutes sortes de façon que ce n'était pas si important que ça, qu'il n'y avait rien de particulier en haut, que j'y étais déjà allé et que ça ne méritait pas tant d'investissement. Et encore cette journée-là. Il m'a dit : - Je le sais mais c'est plus fort que moi, c'est ça qui m'attire. Il revenait toujours avec l'idée qu'il voulait aller voir en haut de la pyramide, pour savoir si c'était vraiment une illusion, juste pour voir, juste pouvoir. Alors je lui ai dit : - mais qu'est-ce qui va arriver si tu découvres que c'est une illusion? Il m'a dit : - Ça ne changera rien ; car tu ne peux pas empêcher que la pyramide soit là. il y en a une et même s'il est vide, c'est un vide consistant; on peut longtemps grimper dessus une illusion. Et là il s'est mis à me chanter une chanson dont je n'ai pas trop compris le sens :
(Chanson)
La pyramide
Refrain:
J'ai grimpé la pyramide Du pouvoir sacré Et j'ai vu que c'était vide De l'autre côté
Suis monté jusqu'à mon vertige Pleuré des larmes de détresse En y fuyant la tendresse Caché dans mes vestiges Ref:
Suis monté jusqu'à mon refuge Y investissant ma jeunesse Dans un tourbillon d'ivresse Ai fui comme un transfuge Ref:
Redescendu de mon vertige Et y retrouvant la tendresse J'ai reconnu dans ces gestes Pourquoi mon sang se fige Ref:
Musique
Redescendu la pyramide Du pouvoir sacré Ai retrouvé l'eau limpide De tous les côtés
Musique
Après avoir chanté cela, mon Ti-Paul Latour était essoufflé ; c'était comme s'il avait encore une fois monté la pyramide jusqu'en haut et l'avait redescendu. Et s'il avait chanté qu'il avait retrouvé l'eau limpide de tous les côtés, il était très assoiffé. C'est là que j'ai dit à Ti-Paul : - On va-t-y prendre un verre?. En fait on est allé prendre une tasse et on a ri, on a ri. Ça a fait du bien. Et c'est en riant que Ti-Paul et moi et moi on a élaboré la stratégie de la tasse. J'ai su après coup que lors de cette soirée où Ti-Paul et moi on était allé prendre une tasse ensemble, il y avait à une table voisine quelqu'un que j'avais déjà vu mais dont je ne me rappelais pas le nom. J'ai su que c'était un théologien qui nous avait entendu car on avait retrouvé dans une revue la publication d'un article sur la stratégie de la tasse. C'est là que j'ai compris qu'un théologien, ça se sert de n'importe quoi pour se faire du capital théologique. De toute façon, pour ceux qui ne connaissent pas la stratégie de la tasse, je vais vous l'expliquer ; c'est très simple. Pour cela, il faut qu'on revienne à la pyramide de Ti-Paul Latour. On a la pyramide avec un sommet et une base. Disons que c'est l'Église avec au sommet, les clercs, et à la base, les laïcs, qui sont la très grande majorité. La stratégie de la tasse consiste tout simplement à ce que ceux de la base s'entendent pour se tasser en même temps. - 1,2,3 on se tasse. Si base se tasse alors ceux qui sont au sommet vont se ramasser en bas. (C'est une façon de restructurer l'Église autrement). C'est là que mon Ti-Paul a sorti la phrase devenue célèbre (il avait 3-4 verres dans le corps). Il a dit : - Que les laïcs se tassent pour que les clercs s'effouèrent. Ti-Paul ne disait pas méchamment ; il disait ça pour rire. D'autres, après cela ont voulu en faire une idéologie. Ils ont voulu construire une autre pyramide sur cette humble stratégie. Ce n'est pas une idéologie mais la stratégie du rire. Ti-Paul et moi, on en a même fait une chanson :
(Chanson)
Si on se tassait
Si on se tassait Le faux toit (Toi) s'écroulerait Si on se tassait Toi tu te retrouverais
(Tu te retrouverais en bas, mais tu te retrouverais)
Si on se tassait Dans l'émoi qui suivrait (Pas dans les mois mais dans l'émoi)
Dans l'émoi qui suivrait Si on se tassait Moi je me reconnaîtrais
Si on se tassait La nuit s'illuminerait
(Pourquoi je dis que la nuit s'illuminerait ; car avec la pyramide, quand on est les uns sur les autres, ceux qui sont au-dessus empêchent que la lumière atteigne ceux qui sont en dessous. Alors si on se tasse et qu'on se trouve ensemble en bas, la lumière peut rejoindre tout le monde).
Si on se tassait La nuit s'illuminerait Si on se tassait Alors on se verrait
Si on se tassait Ça pousserait nos portraits Si on se tassait Nos visages renaîtraient
Musique
J'ai dit salut à Ti-Paul en lui recommandant : - Oublie pas la stratégie de la tasse. Il s'est mis à rire. Moi j'ai continué mon chemin en me disant que cette fois-là ma journée était bien terminée. Mais vous ne savez pas qui j'ai rencontré, une femme, une vraie femme en chair et en os qui s'appelait Marie-Eve. Quand je l'ai vue, j'étais un peu mal à l'aise. C'était au temps d'un synode qui avait lieu à Rome sur la question des laïcs. Alors je lui ai demandé : - As-tu entendu parler du synode?. Elle m'a dit : - Il y a un synode? - Oui, à Rome pour parler de la question des laïcs et évidemment des femmes, dont beaucoup comme tu sais, sont laïques. - Et qui en parle? - Bien, les évêques j'imagine. Et alors elle a commencé à me dire que la question des laïcs cachait d'autres questions plus importantes comme celle de la place des femmes, dans la société et dans l'Église. Moi j'avais le goût de rire un petit peu et je lui ai dit : - Il me semble que la place des femmes dans l'Église, ce n'est pas un problème. Moi la dernière fois que je suis allé dans une église, les femmes occupaient 75 % des places, peut-être 80%. Là elle est devenue rouge, rouge cardinal. Une chance que j'étais un clown car elle m'aurait fusillé Et elle m'a dit : - Bozo, tu ne connais pas l'histoire des femmes? Je lui ai répondu : - Oui, je la connais un petit peu. Je connais l'histoire d'Ève et de Marie. Elle m'arrête aussitôt et me dit : - non pas ces vieilles histoires-là. Je lui ai dit : je ne te parle pas de vieilles histoires ; je parle d'une autre histoire, d'une autre Ève, d'une autre Marie. - Ah! si c'est de cette histoire que tu parles, je la connais moi aussi. On connaissait la même histoire et même si on la connaissait, on s'est mis à se la raconter. Il était une fois deux femmes ou deux fois une femme, Ève et Marie. Ève on l'avait surnommé l'Angélique parce qu'elle était douce, transparente, pure, joviale ; Marie elle, était plutôt une femme de devoir, droite, intègre, silencieuse et honnête. On l'avait surnommé Marie l'honnête, Marie honnête. Leur histoire est simple; elles participaient à l'histoire des femmes, mouvementée, ténébreuse, histoire commencée bien avant qu'on parle du mouvement des femmes. Sans ces femmes, m'a dit Marie-Ève, on ne comprendrait ce qui se passe actuellement
Ève angélique et toi Marie honnête Femmes fidèles et très discrètes Perdues dans la nuit des temps Qui êtes-vous donc?
Ève angélique et toi Marie honnête Femmes fidèles et trop discrètes Femmes de tous les continents Qui êtes-vous donc?
Qui êtes-vous donc? femmes? Femmes d'hier et d'aujourd'hui, nos aïeules, nos grand-mères, nos mères peut-être, nos tantes sans doute. Était-ce ma soeur, mes soeurs? Oui et non, autrement. Est-ce que ce sera mes filles, nos filles? Probablement pas ou très différemment. Femmes qui étiez-vous, qui êtes-vous, qui serez-vous? Femme, qui es-tu?
(Chanson)
Femme-toé t'es belle
J'ai dit bonjour à Marie-Ève. Après notre histoire et notre chanson commune, c'était comme si, elle, était convaincue que les choses changeraient mais elle ne savait pas trop s'il fallait attendre quelque chose du synode (celui de Rome, bien entendu). Le synode, ça m'a fait penser à quelqu'un, un autre de mes vieux chums. Lui ces questions-là concernant l'Église, il vit pas ça au niveau des synodes. Un synode, c'est un temps où on pense la vie de l'Église ; lui il est à un niveau où on essaie de faire l'Église quotidiennement sur le terrain... comme on dit. Lui, il s'appelle Josaphat, alias Ti-Jos Laflèche. Ti-Jos, c'est le gars intègre, droit ; son nom le dit droit comme une flèche. Lui une fois, à l'église, il avait entendu son curé qui invitait des gens à faire partie du CPP. Ti-Jos ne comprenait pas trop ce que ça voulait dire. Ça n'avait pas rapport avec la police provinciale ; c'était le conseil de pastorale de la paroisse. Il avait accepté d'en faire partie. Un fois, je ne me rappelle plus pourquoi, Ti-Jos m'avait invité à assister à une réunion du CPP. On parlait de toutes sortes de choses, du rôle et de la place des laïcs dans l'Église et dans le monde. En pleine réunion mon TI-Jos se lève et commence à parler lentement de... comment lui il voyait ça l'engagement entres autres par rapport à des situations d'injustice dans notre société et de toutes les choses qu'on avait à faire ; il a parlé d'avoir le courage de dire la vérité et de dénoncer certaines situations. Il disait que lui, puis bien d'autres, il s'était fait avoir (lui disait fourrer...) dans son milieu de travail, souvent par ses patrons, parfois par son propre syndicat. Il se demandait comment ça se fait que notre foi changeait pas grand chose là-dedans. Si notre foi n'est pas capable de nous aider à faire la justice et la vérité... Et là là il s'est mis à parler de l'Église, de son Église, comme il disait, et se demandait si elle n'avait perdu contact avec le monde, avec ce que les gens vivent, si elle n'était pas décrochée des questions vitales du monde. Il se demandait si on ne devait pas virer l'Église à l'envers mon Ti-Jos était prêt à continuer son envolée, mais voyant qu'il risquait de prendre trop de temps et d'ennuyer les autres, il s'est arrêté et s'est assis. Le curé alors prit la parole. - Ti-Jos, tu parles bien mais tu débordes. Si on t'a invité à faire partie du CPP, c'était bien sûr parce qu'on voulait savoir ce que tu pensais et ce que tu vivais... mais tu débordes. Les questions d'Église, laisse donc ça à ton curé. Ce n'est pas à toi de dire si l'Église est à l'envers ou à l'endroit. Les affaires d'Église, laisse-ça à ton curé, Ti-Jos. Il s'est rassis. ll y a eu comme un grand silence. Ti-Jos s'est levé ; il ne savait pas quoi dire. Mais c'est sorti tout d'une pièce, comme un monument... historique.
(Chanson)
Ti-Jos
Appelle-moi plus Ti-Jos Appelle-moi plus Ti-Flo J'ai un nom de baptême J'ai reçu le saint-chrême Appelle-moi plus Ti-Jos
Je m'appelle Josaphat Laflèche à part de ça Je sais peut-être pas où je m'en vas (Bis) Mais je sais que je vas y aller
Ref:
Je m'appelle Josaphat Laflèche à part de ça Je sais en qui je crois Et que je peux y aller Je sais en qui je crois Et que je peux y aller
Ref:
Je m'appelle Josaphat Laflèche à part de ça Mon arc est dans la terre Où j'ai les pieds plantés Ça fait un arc-en-terre Et bien enraciné
Ref:
Je m'appelle Josaphat Laflèche à part de ça Mon chemin est ouvert Je peux me laisser tirer Mon chemin est ouvert Je peux me mettre à tirer
Ref:
Je m'appelle Josaphat Laflèche à part de ça Je sais un peu où je m'en vas Et je sais que je peux y aller Je sais un peu où je m'en vas Et je sais que je vais y aller
Ref:
Musique
Josaphat s'est levé, il a dit : - Salut tout le monde ; je pars mais je vas revenir. Et il est parti, je suis parti avec lui. Salut Josaphat! et suis parti de mon côté et là j'ai repensé à tout le monde, à Ti-Franck, à Théo, à Ti-Cul fils de Ti-Cul, à Ti-Paul Latour, à Marie-Eve et à Ti-Jos alias Josaphat et j'ai eu un goût profond que les choses changent même si ça risquait de prendre du temps. Là je me suis mis à rêver que j'étais magicien.
(Chansons)
- Ah si j'étais un magicien
- Qu'est-ce qui vaut la peine qu'on y mette le coeur?
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Liste des monologues
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