Jean-Marc Gauthier

 

Monologues

 

 

 

 

La liturgie, comme la naissance, est en avant

(Colloque de Guy Lapointe, 7 septembre 2001)

 

 

Et Guy suit…pas très loin… parfois en précédant

 

Voici l’histoire d’un précédant qui suit. C’est quand même mieux que l’histoire

d’un suiveux qui essaie de précéder mais cette histoire est liturgique, même

si, comme vous le verrez, ce n’est pas vraiment une histoire ni vraiment

liturgique. Ça va durer le temps d’une messe et si vous trouvez ça plus long

qu’une messe c’est que je n’aurai pas fait ce que j’essaie de dire .

 

Voici le texte qu’il faut suivre, rubriques y compris ; après tout c’est un essai de

liturgie.

 

« La naissance est en avant ». Tout Guy Lapointe, ou presque, est dans cette phrase, cette phrase qu’il nous a assénée pendant des années à un point tel que parfois on aurait vivement souhaité être en arrière… ou qu’il soit en arrière. Mais grande question : « Qu’est-ce qui est en arrière si la naissance est en avant ? La mort ? La mort serait en arrière. Bof ! Ce serait trop beau

 

Chanson : La naissance est en avant

 

La naissance est en avant

Allez savoir comment

La naissance est en avant

Va donc voir comment

 

  1. Il n’y a pas de voie classique

    Pas de chemins sans détours

    Il n’y a rien de synthétique

    Pour refaire nos anciens jours

     

  2. Que la vie est ironique

    Et qu’elle nous joue tant de tours

    Y a pas de cœurs bioniques

    Pour les peines du mal d’amour

     

  3. Le voyage est fatidique

    Quand on le fait sans retour

    Et la vie est pathétique

    Quand on y meurt sans amour

 

Refrain final :

 

La naissance est en avant

Oui, va donc voir comment

La naissance est en avant

Et moi

J’irai voir si tu mens

 

musique

 

La naissance qui est en avant

Est-ce un sacre-ment ?

 

Guy Lapointe…sacrement ; ça va ensemble. Certains diraient : « Guy, c’est un

sacrement »… Il faut faire attention à la musique car on a le sacré un peu

bizarre dans notre culture. Reprenons cela de façon un peu plus liturgique (en

joignant les deux mains) : « Guy est un sacrement ». Sacrement : que de fois il

a employé ce mot ; que de temps et d’énergie il a consacré- consacré, c’est le

cas de le dire - à l’expliquer et à le pratiquer. Désormais l’histoire de la faculté

de théologie de l’Université de Montréal se divise en deux temps : les

sacrements avant Guy Lapointe et les sacrements après Guy Lapointe. J’espère

que nous réalisons, nous peuple sans foi (cent fois) croyant et tellement

pratiquant de la faculté de théologie, j’espère que nous réalisons que nous

sommes à la fin d’une époque… ce qui en rendrait certains et certaines assez

nostalgiques (nous pouvons prendre ici deux minutes pour pleurer sur le passé

qui passe et sur l’avenir qui vient (snif ! bon, ça va faire… c’est long deux

minutes de snif dans une liturgie): Guy Lapointe passe et Dieu sait ce qui vient :

mais sans Guy, le sait-il ?)

 

Il n’y a pas de voie classique

Pas de chemins sans détours

Il n’y a rien de synthétique

Pour refaire nos anciens jours

 

La naissance est en avant

Allez savoir comment

La naissance est en avant

J’irai voir si tu mens

Si c’est un sacrement

 

Sacre-ment ; c’est quand même un drôle de mot ; ah je ne vous ferai pas le coup de la généalogie linguistique en partant du mysterion grec et en passant par le sacramentum latin. Ce serait indécent pour le pauvre clown que je suis et il y a déjà des clowns patentés qui le font… très bien. Oui mais quand même ce sacre-ment est un mot bizarre quand on le prend à son premier niveau ; le sacre-ment, le sacrement, le sacré ment. Est-ce que le sacré ment ? Ha ! ha ! sacrée question… n’est-ce pas ? Eh bien oui, il faut oser le dire : le sacré ment, parfois, souvent le sacré ment… ou du moins il masque la vérité… ou du moins il ne permet pas à la vérité de se dire… ou du moins il ne permet pas toujours à la vie de se dire ; il étouffe, il étouffe la vie ; il mord, il mord, il mortifie, il mortifie. (Si le sacré ment, parfois, cela veut-il dire que Lapointe ment ? De toute façon l’appointement, ce n’est pas français ; pour le savoir, il faudrait prendre un rendez-vous… avec la vérité. « Mais qu’est-ce que la vérité » disait un vieux Romain en s’en lavant les mains. C’est le temps du lavabo : « Je lave mes mains devant des innocents ». Mais pour répondre à la question : bien sûr que non, il ne ment pas puisque nous le célébrons aujourd’hui. Le peuple enthousiaste le vérifie.

Et l’on se demande si la théologie a tué la liturgie. C’est une bonne question et je n’oserais pas entrer dans le débat des patentés. Quand t’es pas patenté, t’es mieux de ne pas entrer dans le débat des patentés. Mais je ne peux pas dire que je sois pas tenté. Et je crois bien même, que je vais me laisser tenter. Tentez, tentez-moi, je vous en prie et je vous promets… de succomber. (Ha ! Ha !)

La théologie a-t-elle tué la liturgie ? Grande question on le sait… et qui a déjà, on le sait encore, fait l’objet d’une conférence magistrale. Tout ce que je dirai ne sera donc qu’impertinences d’un impertinent et devra être reçu comme tel.

Mais avant de parler de sa mort, parlons de la liturgie elle-même, de son être profond. Il sera toujours temps de parler de sa mort possible. Il faut d’abord vivre pour pouvoir mourir, même si la naissance est en avant.

La lit-urgie est malade mais on ne connaît pas le nom de sa maladie. Ou plutôt si, on le connaît. Elle est malade d'elle même, c’est-à-dire de ne pouvoir réconcilier ce qui la constitue. Et ce qui la constitue est inscrit dans son nom :LIT-URGIE

 

* lit = lieu de...repos, sabbat...ressourcement... mais aussi lieu d'effervescence

amoureuse

 

* urgie= action, faire, travail... boulot

 

La lit-urgie a perdu son « lit »... elle ne sait plus où donner de la tête, elle n'a plus de pierre où reposer sa tête

 

La lit-urgie est en état d'urgence...elle est devenue lit-urgence, lit d’urgence comme quelque chose qui a perdu son lieu de repos et de ressourcement… surtout si t’es malade.

 

La lit-urgie (repos-travail)... est appelée à réconcilier le travail et le repos, le sabbat et la création. - Trop de sabbat et de repos... et la liturgie est ennuyante à dormir debout (imaginez quand on est assis ou à genoux). Trop d'action...et la liturgie finit pas nous énerver. - Il faut réconcilier LE TEMPS dans la liturgie, le temps du travail et le temps du repos, le temps du lit et le temps de l’urgie.

Mais avant d’aller trop loin dans ces questions si complexes, parlons du temps de Guy (de Guy Lapointe, bien sûr). Avant de prendre sa retraite, Guy avait le temps ; le temps du travail l’encadrait… et il avait le temps. Il était le premier debout et le premier au travail ; quand les autres arrivaient au bureau, il était déjà là ; il avait du temps d’avance. On aurait cru qu’il était né avant le temps, pour prendre de l’avance… même s’il était le dernier-né d’une nombreuse famille. C’est peut-être dans cette nombreuse famille de l’île d’Orléans qu’il a appris, pour sauver du temps, à faire travailler les autres, c’est-à-dire à déléguer. Parmi ces délégués comment ne pas mentionner, de façon privilégiée, une certaine débile au dos large (D. Bilodeau large) qui l’a supporté pendant 10-15 ans alors qu’il était responsable de la section des Études pastorales (elle avait le dos large mais n’était pas du tout débile et Guy le savait… car il a beaucoup délégué). Est-ce parce qu’il ne peut plus déléguer autant qu’avant que Guy, depuis la retraite, semble avoir moins de temps ? Est-ce que la retraite signifie « absence du privilège de déléguer » ? La question reste ouverte.

Mais revenons à la liturgie, cette passion de Guy Lapointe… passion dans tous les sens du mot… plaisir et souffrance :

Il faut réconcilier le temps de la liturgie, le temps du travail et le temps du repos ; le temps de l’urgie et le temps du lit. Peut-être retrouver un peu le temps du lit. La liturgie est aussi comme un jubilé quotidien ou hebdomadaire, ou mensuel, ou annuel (ça dépend pour qui !) un jubilé où on laisse reposer la terre… de la vie.

 

Chanson : Laissons reposer la terre

 

Laissons reposer la terre

Donnons-nous encore le temps

Laissons reposer la terre

Donnons-nous encore du temps

 

Je te donne du temps

Tu me donnes du temps

Il se donne du temps

Nous nous donnons du temps

Vous vous donnez du temps

Ils se donnent du temps

Avec tout ce temps

Nous prendrons le temps

 

Laissons reposer la terre

 

Quand s’abattent sur nous

Tempêtes et vents

Quand le sabbat chez nous

Ressemble à un tourment

Quand on court comme des fous

A vingt rendez-vous

Il est plus que temps

De respirer longtemps

Il est plus que temps

De re-prendre son temps

 

Laissons reposer la terre

 

La liturgie a-t-elle un avenir? La liturgie est-elle vraiment en avant… comme la naissance ? La liturgie a beaucoup de passé mais a-t-elle un avenir ? Nous le saurons demain.

L'enjeu de la liturgie, la pointe de la litur-gie c'est la mise en scène de la vie avec sa mort... et pourquoi pas la mise enceinte... s'il est vrai que la naissance est en avant. Mais pour mettre en scène... comme pour mettre enceinte... il faut oser... oui oser l'acte... l'acte qui donne vie... au théâtre et à la vie, au théâtre de la vie. Quel drame? C'est un drame, ce n'est pas une tragédie (oh peut-être un peu... mais on peut quand même en rire).

Après avoir pris du temps pour le lit de la liturgie, il faut donner tout son temps à l’urgie, à l’acte, à l’action… et c’est urgent. Le mot le dit : l’urgie, l’action est toujours urgente. La liturgie doit urgir de nouveau (pas rugir, urgir), Ressurgir, ressusciter comme la vie qui renaît ; il avait bien raison le Guy en question : la naissance est en avant). Ressurgir, ça veut dire aussi se re-faire une beauté ce qui est plus difficile pour certains. La grâce ne détruit pas la nature.

Mais pour se refaire une beauté, l’urgie doit assumer le lit dans toutes ses dimensions, c’est-à-dire pas seulement le repos mais aussi l’effervescence amoureuse. Oh la la ! Petit problème … La liturgie a un problème de lit.

Le lit de la lit-urgie n'est pas assumé parce qu'on a de la difficulté avec l'action du lit (ce qui est pourtant une certaine « définition » de la lit-urgie). On dit qu’un des problèmes de la liturgie, c’est qu’elle est loin de la vie, qu’elle est loin du VÉ-CU comme on dit si bien en certains milieux. En fait comme le disait dangereusement un ami plutôt clown, sans l’être vraiment, une certaine Église et sa liturgie ont de la difficulté avec la 2e syllabe du vécu, avec les soi-disant irréguliers de la 2e syllabe. « Heureux les purs car ils verront Dieu » disait-on. Ici on laisse entendre que ce serait Dieu qui ne voudrait pas vraiment voir les « pas-purs » dans sa liturgie… allez-y voir. Comme ce serait Dieu qui ne voudrait pas voir de femmes, ces « personnes du sexe », comme on disait à une certaine époque, pour présider à certaines liturgies (Arrière Satane ! arrière... les Satane-s roses !... disent certains. La liturgie a des problèmes sexuels. Y a-t-il un psychanalyste dans la salle ?

 

Pendant qu’on en cherche un, on va faire un entracte

(Mise en scène ou entracte : le drame de la liturgie)

C’est fait. On reprend la question. Est-ce que la théologie a tué la liturgie ?

 

Non ce n’est pas la théologie qui a tué la liturgie ? D’ailleurs la liturgie n’est pas morte ; elle survit par habitude, ce qui est peut-être pire. Elle n’est pas morte ; on connaît tous un endroit où la liturgie est vivante dynamique créatrice. Et à ce moment-ci, il est de mise de mentionner la communauté St-Albert-le-Grand où Guy Lapointe œuvre depuis tant d’années et où il a laissé sa marque indélébile ; avec bien entendu la participation de certaines personnes qui sont dans cette assemblée. Bon c’est fait (« têteux ») et bien sûr, il faut ajouter que tout ce qui sera dit par la suite ne concerne pas cette communauté privilégiée - (« re-têteux »). Non ce n’est pas la théologie qui a presque tué la liturgie c’est la monotonie (: MO-NO-TO-NIE, d’un seul ton, tous en choeur) c’est la platitude qui tend à faire mourir la liturgie, comme elle tend à faire mourir la théologie d’ailleurs)… comme elle tend à faire mourir Dieu même. La liturgie se meurt parce que le Dieu qui se joue, dans sa mise en scène, est un Dieu mort ou presque. Comme disait quelqu’un, un Insensé, paraît-il, un insensé qui se vantait de son Gai savoir : « Dieu est mort et c’est nous qui l’avons tué ». Quelle audace ! Oser prendre ses responsabilités à ce point : « C’est nous qui l’avons tué ; pas les autres, les méchants, mais nous, les bons, les soi-disant bons, les gens bons ». La liturgie se meurt parce que le Dieu qui se joue au cœur de l’action liturgique est un Dieu que nous tuons à petit feu, platement ; parce que très souvent, trop souvent, la liturgie est plate, oui plate à en mourir. On s’ennuie à mort… ! Le dieu qui se joue dans cette liturgie est d’un ennui mortel. Lui-même s’ennuie. « Si vous saviez comme on s’ennuie à la Manic ».

En fait, dans ces liturgies, on s’ennuie ; mais de quoi s’ennuie-t-on ? Si au moins on s’y ennuyait de Dieu. Si au moins nos liturgies manifestaient cet ennui de Dieu. Non ! dans certaines liturgies, on s’ennuie… mais on s’ennuie de rien. On s’ennuie, c’est tout ! . Autrefois, on parlait des preuves de l’existence de Dieu ; des preuves qui ne prouvaient rien ou pas grand’chose. Maintenant on parle d’épreuve… comme dans un rite d’initiation ; et très souvent, une certaine liturgie est une épreuve, vraiment éprouvante, de l’existence de Dieu et le pauvre Dieu en sort crucifié. Quel sacrifice !

Pourquoi faut-il que ce soit plat ? J’ai parlé de ça à quelqu’un d’une autre culture, la culture française… et qui m’a dit : « Vous dite plat-e ? Mais que dites-vous quand c’est féminin ? »- Il faut dire, tout d’abord, que le féminin est naturellement moins plat que le masculin mais, de toute façon, nous on dit PLAT-E ; c’est tout. Mais pour nous PLAT c’est beaucoup plus PLAT que plat, qui est platement plat alors que PLAT, c’est vraiment PLAT :

 

Chanson : Dieu n’est pas platitude

 

Pourquoi faut-il

Que ce soit plat

Pourquoi faut-il

Que ce soit plat

Comme dans un chenil

D’automates

Pourquoi faut-il

Que ce soit plat ?

 

 

Car Dieu n’est pas

Cette platitude

Ni ce trépas

En habitude

Non Dieu n’est pas

Cette platitude Mais peut-être un pas

De béatitude (s)

(Béatitudes : Heureux vous les pauvres, persécutés par (pour) la justice. Décidément on ne lésine pas sur les conditions du bonheur ; un rien suffit pour être heureux. Y a-t-il des volontaires pour ce bonheur dans la salle ? Mais où est-ce que je suis rendu ? Je reprends :

 

Car Dieu n’est pas

Cette platitude

Ni ce trépas

En habitudes

Non Dieu n’est pas

Cette platitude

Mais peut-être un pas

De béatitudes

Quand on le met pas

En altitude

Et qu’on (ne) le laisse pas

Sans longitude (geste qui mime la terre et le signe de la croix)

Ni latitude

Comme d’habitude

 

Pourquoi faut-il

Que ce soit plat

Pourquoi faut-il

Que ce soit plat

Comme dans un exil

De primates

Pourquoi faut-il

Que ce soit plat ?

 

(Un exil de primates ; ça demande explication. Ce n’est pas là seulement pour la rime. Faut-il…plat… exil… primates. C’est que la rime inspire. EXIL : c’est facile à comprendre c’est quand tu n’es pas sur ta terre… quand tu es en dehors de tes bottines. PRIMATES : ça donne à penser à la différence entre le signe et le singe. Le signe et le singe ; eh oui ! un simple petit déplacement de consonnes qui cause un grand déplacement de sens. On passe de signes signifiants à singeries insignifiantes. Oh je sais, parce qu’on me l’a dit, qu’il faut déplacer la liturgie et les sacrements des signes aux symboles… comme l’enseignent, depuis un certain temps, les deux chauves de la théologie sacramentaire d’ici… et le « chauvet » de l’autre bord de l’Atlantique. Mais quand même, le signe devenu singe donne à penser sur le sens des sacrements : alors qu’ils étaient signes sensibles institués par Jésus-Christ pour donner la grâce, ils sont devenus, dans cet exil de primates, des singeries insensibles qui prostituent Jésus-Christ et le font sans grâce. De grâce, épargnez-nous !

 

Pourquoi faut-il

Que ce soit plat

Pourquoi faut-il

Que ce soit plat

Comme dans un exil

De primates

Pourquoi faut-il

Que ce soit plat ?

 

Une liturgie

De platitude

C’est comme un pli

De servitude

Une liturgie

En platitudes

C’est comme un lit

De deux solitudes

Où l’on se dit

Par habitude

Où l’on s’ennuie

En certitudes

Sans inquiétude

Comme d’habitude

 

Pourquoi faut-il

Que ce soit plat

Pourquoi faut-il

Que ce soit plat

Comme dans un chenil

D’automates

Pourquoi faut-il

Que ce soit plat ?

 

Une liturgie

Sans platitude(s)

C’est comme un cri

D’incertitude

Une liturgie

Sans platitude

C’est comme un oui

À l’inquiétude

Où l’on se dit

Sans habitudes Où l’on sur-vit

Aux solitudes

En longitude

Et latitude

Sans habitude

 

Musique

 

Le problème, ce n’est pas une théologie plate qui aurait tué la liturgie ; c’est une liturgie plate à laquelle on a donné un statut théologique ; c’est la liturgie érigée en statue ; la platitude promue au rang de théologie. « Le seigneur soit avec vous » dit platement le président ; mais répondez. « Et avec ce qu’il vous reste d’esprit » répondit platement la foule, pas encore assemblée, dans un sursaut pour vaincre son ennui mortel. Mais il ne restait plus d’esprit. Le Seigneur, devant tant d’enthousiasme plat, s’était enfui avec son esprit.

Il faudrait que les communautés chrétiennes écrivent le « Kama-sutra » de la liturgie ; mais, en général, l’Église, les communautés n’ont qu’une position liturgique : la position missionnaire. Une situation où il n’y en a que quelques uns qui ont le gros bout du bâton.

Qu’est-ce qui s’en vient ? Quel est le prochain épisode ? Le PROCHAIN épisode ? Cela me fait penser à quelque chose… mais à quoi ? À quoi ? Ah mon Dieu, je suis en train d’oublier. Oublier, quelle terrible destinée ! L’oubli ! L’alzheimerisation du monde ! L’oubli. Mais on n’oubliera pas Guy Lapointe. Comment oublier l’homme de la mémoire, comment oublier l’homme du mémorial. Car Guy est homme de mémorial et très enraciné dans une société et une culture comme le Ti-Guy de l’île d’Orléans : « Je me souviens ». On t’oubliera pas même si tu t’oublies.

Guy est homme de mémoire et de « mémorial », célébrant et enseignant d’eucharistie. Même s’il a rêvé d’écrire un livre qui s’intitulerait : Pour en finir avec la messe, lui ce spécialiste de l’eucharistie… il est un homme de messe (s’il fallait compter les messes qu’il a présidées, célébrées, les messes auxquelles il a participé, ça ne le rajeunirait pas ; des milliers, des milliers) ; je sais qu’il va résister intérieurement mais il faut oser le dire ; c’est un homme de messes ; il est pro-messe. Mais c’est bien beau d’être pro-messe mais il faut la tenir. Et de plus en plus, nous sommes dans une Église qui est pro-messe mais qui arrivera de moins en moins à la tenir, parce qu’elle s’est emmêlée dans son passé. Et être emmêlé dans son passé, c’est commencé à perdre la mémoire, à perdre la mémoire vive : le disque dur commence à faire dur.

Mais qu’est-ce que je disais ? Ah oui ! quel est le prochain épisode ? Cela me fait penser à quelque chose mais à quoi ? En fait, je le sais bien à quoi ça me fait penser. Je suis à une époque où je fais semblant de perdre la mémoire pour mettre à l’aise les plus vieux qui, comme Guy, commencent à la perdre vraiment. Mais il ne faut pas les perdre comme mémoire vive.

Je me rappelle : je vais vous parler de quelque chose qui n’a pas l’air d’avoir rapport avec le reste… vous savez …la liturgie, les sacrements : eh bien ce qui n’a pas l’air d’avoir rapport avec le reste c’est l’autre, le prochain. D’où le prochain épisode ou l’épisode du prochain. C’est pour aider la mémoire.

Parlons d’abord d’une situation où l’autre, le prochain est éliminé. Et ça se passe à propos d’une liturgie, une des premières, à en croire la Bible, ce livre tout à fait particulier, qu’on ne finit pas d’étudier et de traduire. Ils étaient deux avec leur Dieu et ils avaient décidé, pour gagner ses faveurs, de faire une petite liturgie : ils se nommaient Caïn et Abel. Caïn, un peu susceptible, sentit, que sa liturgie plaisait moins à son Dieu. Était-ce vrai, en tout cas, c’est ce qu’il perçut et sentit. Abel était un meilleur liturge que lui. Il décida de régler cette question une fois pour toutes. En fait, il trancha la question de l’autre en tranchant l’autre. Si l’autre « meilleur que moi » disparaît, je serai le meilleur. Fin de la 1ère partie de l’épisode du prochain. L’autre, gênant et fatiguant, est exclu à tout jamais de toute liturgie.

 

2e partie : La parabole du gars sur le bord du chemin :

 

(Histoire de la parabole du Bon samaritain)

 

Il y a un gars sur le bord du chemin.

 

Il y en a deux qui passent vite : un prêtre et un spécialiste de la liturgie, très pressé, un monsieur Le-vite.

 

Ils étaient pressés ou paraît-il qu’ils ne pouvaient pas arrêter pour ne pas se rendre impurs ; cela était en contradiction avec leur liturgie à célébrer.

 

Ah ! Décidément, la liturgie a des problèmes avec la pureté ; elle a des problèmes de pureté. Si un jour j’étais Kant… pas cancre, Kant… oui si un jour j’étais Kant, j’écrirais une Critique de la liturgie pure. Peut-être est-ce un projet de liturge-sacramentologue à la retraite ? Mais il faut avoir du temps.

 

Peut-être aussi que les deux va vite pressés avaient tout simplement mal compris le sens du mot prochain. Ils se sont dits : pas celui-ci mais le prochain

 

Chanson : Le prochain

 

Refrain :

 

Pas celui-ci

Mais le prochain

Pas aujourd’hui

Je commence demain

 

BIS

 

Car aujourd’hui

 

Y a tellement de choses à faire

Tellement de grosses affaires

Y a tellement de choses à voir

Tellement de gros avoirs

Y a tellement de choses à faire

Tellement de grosses affaires

Mais la plus grosse affaire

En fait, ce n’est pas de vos affaires

Mais mes affaires à moi

 

Refrain :

 

 

Car aujourd’hui

 

Y a tellement de choses à faire

Tellement de grosses affaires

Y a tellement de choses à croire

Tellement de faux accroire

Y a tellement de choses à faire

Tellement de choses à faire

Mais la plus grosse affaire

En fait… ce n’est pas de vos affaires

Mais mes affaires à moi

 

Refrain :

 

 

Et vint Sam Maritain, cet Américain-Français, ce métis culturel et religieux, celui dont on disait : il est d’une autre culture, d’une autre religion. Il a simplement dit : il faut faire quelque chose… et il l’a fait.

 

C’est celui-ci

Qui est le prochain

Je commence aujourd’hui

Car je ne serai peut-être pas là demain

 

Est-ce que la naissance est en avant ? Est-ce que l’avenir a de l’avenir ? Et de quel genre ? S’il est féminin, je vous dis : à la PROCHAINE !

 

Liste des monologues

Bozo