Jean-Marc Gauthier

 

Monologues

 

 

 

 

LE PASSAGE DE KATÉ-CHAISE

(Montréal, 24 octobre 2001)

 

 

Ah non ! Ah non ! J’ai attrapé la mono. Je suis devenu un pauvre mono, ce n’est pas drôle. Je parle tout seul. Un monologuiste… un monologuiste, ça parle tout seul, tout le temps.

Mais il faut que je rétablisse les faits. Je ne suis pas le monologuiste que vous attendiez. Peut-être, d’ailleurs, que vous ne l’attendiez pas. Je ne suis pas celui qui devait venir. Je suis son clone, son clone de clown : Bozo. Et moi je déteste parler tout seul. Il est heureux que vous soyez là. On va pouvoir se parler.

De toute façon, voilà quelqu’un ! Ah! Mais c’est Katé. Je vous présente Katé, Katé-Chèse. Vous ne la voyez pas ? Ah je sais, ce n’est pas évident. Parfois, ça prend un peu d’imagination pour voir ce qui est là. - Ah! Vous la voyez maintenant ; je savais que vous aviez de l’imagination.

Comment vas-tu ma Katé ? T’es pressée, t’as pas le temps ? Mais comment ça… tu es pressée et tu n’as pas le temps. Il faut que tu passes ? Mais que tu passes où et à quoi ?

Est-ce que tu passes à la télévision ? Serais-tu devenue une vedette ?

Il faut que tu passes à autre chose… car tu es en passage… me dis-tu ? Je vois… mais ne passe pas trop vite ! Prends le temps, prends le temps. Assieds-toi deux minutes ; assieds-toi sur ta chaise ma Katé, assieds-toi sur ton Saint-Siège deux minutes. T’oublie souvent ta chaise ma Katé.

 

Assieds-toi là, on va se parler

On a plein de choses à se dire

Le temps des roses s’en est allé

Ce n’est plus l’heure des souvenirs

 

Assieds-toi là, on va se parler

On a plein de choses à se dire

C’est maintenant l’heure de raconter

Ce que demain va devenir.

 

Oui assieds-toi là, on va se parler. T’es tout en sueur ; tu t’énerves, tu t’énerves. Je comprends que ta famille a été mise dehors de ceci ou de cela et qu’elle doit se trouver une place dans la vie. Mais ne passe pas comme un coup de vent. Prends le temps de t’asseoir dans la chaise ma Katé ; écoute le vent au lieu de te prendre pour lui (geste de précipitation). N’entends-tu pas le silence de la brise légère

 

  • Non, je n’entends rien

  • Tu n’entends pas ?

  • Non, je n’entends rien ; quelle langue ça parle le silence?

  • Le silence de la brise légère, ma Katé, ça parle… (comment te dire, c’est une langue que je ne maîtrise pas très bien moi-même)… ça parle… ça parle en Christ.

  • En Christ ?

  • Oui, en Christ.

  • Une drôle de langue

  • Oui mais tu devrais la savoir, il me semble.

  • Moi, mais comment est-ce qu’on l’apprend ?

  • Oh! Je ne sais pas mais il me semble qu’il n’y a qu’une seule vraie façon d’apprendre une langue; c’est en entendant quelqu’un d’autre en parler. C’est surtout une question d’oreille. As-tu de l’oreille ma Katé ?

  • Oui, oui, je pense.

  • Bien si t’as de l’oreille, assieds-toi là, on va se parler.

     

  • Ah, bien sûr, je veux bien m’asseoir un peu mais pas trop longtemps; il faut que je passe

     

  • Oui, oui, tu vas passer, tu vas passer mais si tu ne prends pas le temps de t’asseoir, tu vas passer dans le beurre. Une prise, deux prises, trois prises, OUT !

 

Pendant que tu fais du sang de punaise

Il y en a qui disent : C’est de la foutaise

Il faut prendre le temps ma Katé

Il faut prendre le temps d’écouter

Le feu qui pétille dans la braise

Comme toi tu frétilles sur ta chaise

 

  • Oui, c’est bien beau tout ça mais j’ai un programme à remplir moi

  • Oui, oui c’est important ton programme. Félicitations pour ton beau programme…mais je pensais qu’on t’avait mis en dehors des programmes… en mettant ta famille en dehors de ceci ou de cela, des écoles etc.

  • C’est un peu vrai mais il faut quand même que je me fasse un nouveau programme… sinon je suis perdue.

  • Oh tu as bien raison… c’est important. Je ne veux pas me mêler de tes affaires, ma Katé, c’est toujours fatigant les gens qui se mêlent de nos affaires, des autres mais tu n’es pas fatiguée des programmes surtout quand les programmes ne sont pas vraiment des pro-grammes mais des pro-kilo-grammes qui t’ont un peu écrasée. Alors pour tes prochains pro-grammes, ne prends pas de chance. Comme on en rajoute toujours sur le tas; fais-toi un programme léger au point de départ, une espèce de pro-milli-gramme, une sorte de weight-watcher spirituel, pour qu’il reste du temps pour respirer… pour que le souffle passe… et qu’il en reste ; pour qu’il reste du temps pour écouter la voix des « quêteux ».

  • Qui ça les quêteux ?

  • Mais ceux et celles, petits et grands, jeunes et moins jeunes qui sont tes « victimes » potentielles (les victimes de la Katé-chaise… électrique… Mais non, mais non c’est une blague de mauvais goût) en fait ce seront tes clients… et puis non pas clients car si ce sont des quêteux tu ne pourras pas passer la quête. Ah je sais qu’il faut que tu gagnes ta vie ma Katé et que la vie coûte cher ; il faut tenir compte de ça surtout quand sa famille a presque été mise dans la rue. Mais par contre, tu sais, quand on est dans la rue, on est plus libre de faire ce qu’on veut, quand on le veut. Il faut bien que les grands inconvénients aient de petits avantages, ma Katé. C’est la liberté des pauvres. Oh je sais qu’on aime mieux l’esclavage des riches que la liberté de pauvres. Mais tu sais, dans un temps où, comment le dire LE CENTRE MONDIAL DU COMMERCE ou le CENTRE DU COMMERCE MONDIAL (comment dit-on cela en anglais ; ils en parlaient à la télévision) , quand le World Trade Center s’écroule sous la violence, sous de violentes et désespérantes voltiges ; quand les lieux de communication deviennent des lieux de maladie et de mort possible, quand on commence à avoir peur de la POSTE comme de la PESTE, mais pas uniquement à cause de ça, il faut s’asseoir et écouter les quêteux : les quêteux de pain, d’amour et de sens… qui sont, je le crois, des quêteux … en Christ… et cela quel que soit leur âge. Oui, oui des quêteux en Christ qui savent très peu la langue de la quête mais qui quêtent, qui quêtent. Alors ne va pas leur passer ta quête et écoute un peu la leur. Invite-les sur ta chaise à parler avec toi, ma Katé. Et ça fera une vraie QUÊTE… et CHAISE.

 

Assieds-toi là on va se parler

 

Et là tu trouveras peut-être ta place et tu pourras repartir

 

Il faut demeurer pour partir

Il faut rester pour s’en aller

Et d’abord naître pour devenir

Avoir une place pour se déplacer

Et d’abord être en devenir

Pour avoir une place et se déplacer

 

Et sur ta chaise ma Katé

Tu apprendras à devenir

En écoutant les essoufflés

Qui te feront te ressouvenir

En écoutant ces essoufflés

Et qui deviendront tes souvenirs

 

Et là, peut-être, entre deux chaises,

Ma Katé

Tu pourras faire mémoire

De ce que t’es… ma Katé

 

Mais je t’en prie, n’attrape pas la mono ; ne deviens pas monologuiste ; ça serait la pire chose qu’il pourrait t’arriver. À la limite, je te le dis, il vaut mieux être un clown qu’un monologuiste, car un clown, qui se prend toujours un peu pour un autre, n’est jamais vraiment seul.

C’est comme Dieu, si j’ose la comparaison, ce grand Solitaire-triangulaire qui a pris la chance et le risque, dans sa Parole créatrice, que d’autres s’assoient sur son Saint-Siège. Ça c’est le comble de la Quête et Chaise, ma Katé.

 

Assieds-toi là, on va se parler

On a plein de choses à se dire

Le temps des roses s’en est allé

Mais peut-être qu’il va revenir

 

Assieds-toi là, on va se parler

Des gens, des choses, de l’avenir

Et du présent qui est fatigué

De ne pouvoir s’appartenir

 

Assieds-toi là, on va se parler

Des peurs, des rêves et des désirs

De ceux et celles qui n’osent pas dire

Qu’elles sont Église et son avenir

 

  • L’avenir de l’Église dis-tu ?

  • Oui, est-ce que ton avenir est liée à l’avenir de l’Église ma Katé ?

  • C’est possible… sûrement même.

  • Eh bien! t’es mal prise car l’avenir n’a pas d’Église… non je veux dire :

  • l’Église n’a pas d’avenir.

  • Comment ça ?

  • On manque de monde, on manque de prêtres, on manque d’argent. Comment veux-tu qu’une institution qui manque de monde, de leaders et d’argent puisse avoir un avenir ? On se retrouve avec ceux qui restent et on développe la spiritualité du « petit reste ». Eh bien! quand on se prend pour le « petit reste », c’est qu’on commence à se retrouver entre « restants ». C’est bon des restants mais…. Et là on développe une vision de l’Église plutôt déprimante : 10% de restants et 90 % de distants. Que d’avenir ! Que c’est emballant !

  • Tu me décourages mon Bozo !

  • Ne te décourage pas ma Katé ; je te disais cela seulement pour éprouver ta foi et ton espérance. C’est mon plaisir. Moi je crois que l’Église a de l’avenir, je l’ai vu au présent.

 

Oui j’ai vu l’avenir de l’Église en direct. Il y avait un grande rencontre dans la ville de Québec. C’était une rencontre d’Église : une rencontre de ministres et de ministrables. Moi j’y étais incognito. Je m’étais déguisé en théologien pour passer inaperçu.

Et tout à coup – sans doute à un moment où l’on parlait de l’avenir de l’Église- une jeune femme, une belle jeune femme, une belle jeune femme enceinte est apparue sur la scène (c’était une ministre ministrable des jeunes) et elle s’est mise à parler… et elle parlait bien, c’était d’une beauté… (j’ai cru entendre comme une Parole de Dieu). À un moment donné, elle s’est arrêtée et elle a regardé l’assemblée dans les yeux – et j’ai cru voir l’Église fermer les yeux et baisser la tête, comme si elle se préparait à entendre quelque chose d’inouï -… et la jeune femme a dit : « Dans 25 ou 30 ans, je serai encore là et ma fille aussi (elle attendait une fille… signe des temps ?), j’espère qu’alors l’Église sera assez vivante pour que ma fille y trouve sens, c’est-à-dire que l’Église ne soit pas trop plate ». Quelques larmes ont coulé de mes yeux (c’est sensible un clown !) Et alors je me suis dit : « Ça… elle, c’est l’Église en sacrement. C’est le symbole vivant de l’Église : ‘La jeune femme va enfanter’ - ‘Qu’il me soit fait selon la Parole’ ».

Et voilà l’Église en gestation ! Il y a la gestion et la gestation. Les deux sont importantes… différemment. Souvent, l’une déprime et l’autre donne de l’espérance. Mais qui sait ?

 

Chanson : Salut L’Église !

 

Refrain :

 

Salut l’Église, comment ça va ?

T’as bien l’air déprimé

Salut l’Église comment tu vas ?

Laisses-toi pas enfermer

 

Salut l’Église, comment ça va ?

T’as bien l’air affaissé

Ouvre ton cœur et parfumes-toi

Il y a encore de la vie à recommencer

 

Mais arrête de te regarder passer

Tu passes à côté de ta vie

Arrête de te dire que t’es dépassée

Ne vois-tu pas, il y a plein de vie

N’entends-tu pas ces jeunes qui crient

Ne vois-tu pas ces gens qui rient

Mais arrête de te regarder vieillir

Arrête de te regarder mourir

 

Refrain :

 

Tu te rappelles, il y a une bonne nouvelle

Le monde aime tant les bonnes nouvelles

Mais arrête de te dire que t’es pas belle

Arrête de te prendre pour une poubelle

Et dis-la donc ta bonne nouvelle

Le monde attend une bonne nouvelle

Si t’arrête de te prendre pour une poubelle

Peut-être qu’on te trouvera plus belle

 

UNE BELLE JEUNE FEMME ALLAIT ENFANTER

 

Refrain :

 

Salut l’Église, salut l’Église !

Hors du salut, y a point d’Église

Il faudrait dire salut au monde

Salut le monde, salut le monde !

Salut l’Église, salut l’Église !

Hors du salut, y a point d’Église

Car le salut, c’est pour le monde

Ça ressemble à Dieu qui aime ce monde

 

Refrain :

 

Salut l’Église, comment ça va

T’as moins l’air déprimé

Salut L’Église, comment tu vas

Laisse-toi pas enfermer

Salut l’Église, comment ça va

T’as moins l’air affaissé

Ouvre ton cœur et parfumes-toi

Il y a encore de la vie à recommencer

 

Salut le monde !

 

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